Delly Sesanga quitte le navire Union sacrée

Il a enfin décidé de parler. «Le temps est venu pour expliquer davantage la démarge que nous menons, les actions que nous entreprenons», dit-il. Lui, c’est  le député national Delly Sesanga qui, depuis son séjour de Kananga, annonce à la terre entière, son retrait de la Nouvelle majorité parlementaire.

«Aujourd’hui, je suis quelqu’un qui a pris sa liberté par rapport à l’Union sacrée de la nation. A partir du moment où j’ai constaté à l’Assemblée nationale que sur un particulier, la loi portant Commission électorale nationale indépendante (CENI), les amendements qu’on avait présentés, l’état d’esprit de la loi telle qu’elle devait passer…j’ai dû sortir de la salle et je n’ai pas continué ce débat, parce que, comme je disais à tous les acteurs politiques, la question était la réforme de la CENI et non sa mise en place qui n’en est que le reflet. Donc, le premier péché est là», déclare Delly Sesanga, dans une interview exclusive à bâtons rompus, accordée depuis la ville de Kananga, à notre consœur Elysée Odia de B-One TV.

Parmi les raisons avancées pour motiver son départ de l’USN, le président du parti Envol, précurseur du combat pour des réformes électorales sous l’ère Fatshi, évoque l’absence manifeste de consensus sur des questions essentielles.

« (…) Et, aujourd’hui, je vois qu’on s’écarte de plus en plus de cette recherche de consensus. Quand on ajoute à cela notre attitude par rapport au contrôle parlementaire, à la question du RAM, à d’autres questions qui se posent à notre pays, je suis bien obligé de vous dire aujourd’hui qu’au-delà de cette liberté prise, je vais cesser d’appartenir comme tel à cette Union sacrée qui est une réalité parlementaire, parce que l’Union sacrée n’est pas un mouvement politique. Ce sont des groupes de députés qui se sont associés pour pouvoir pousser dans un sens. Dès lors qu’on s’éloigne de l’état d’esprit initial qui était celui de pousser un consensus sur la loi électorale, la révision constitutionnelle, le processus électorale, une CENI indépendante et sur une meilleure gouvernance de notre pays…je crois que je prends mes responsabilités»,  argumente cet élu, membre du Groupe de 13 députés et personnalités politiques ayant porté le flambeau du combat pour des réformes.

«IL N’EST PAS TROP TARD DE TROUVER LE CONSENSUS»

Le nouveau bureau de la Ceni ayant déjà été installé, est-il encore possible, au stade actuel de la situation politique, de faire marche arrière ? A cette question, Delly Sesanga pense que rien n’est encore totalement perdu.

«Ce qui est dommage et ce n’est un secret pour personne, c’est qu’au sein de mon parti Envol, tout comme au  G13, nous avons milité pour un compromis. Nous avons obtenu ce consensus de l’ensemble de la classe politique, moins le FCC parce qu’il n’en voulait pas à l’époque. Mais après, on a eu le sentiment que le consensus a volé en aclat et que ce qui ce qui est fait, ne l’est pas dans le sens de l’unité de tous par rapport à certains principes ou règles. Toutefois, il n’est pas trop tard pour trouver un consensus sur la CENI, la Loi électorale, la révision constitutionnelle ainsi que sur le processus d’identification des électeurs. Il fallait donc qu’on se mette d’accord sur ces quatre éléments pour permettre que le processus électoral, en 2023, soit différent de 2018 et encore mieux que celui de 2011», renchérit Delly Sesanga.

Il estime peut-être qu’aujourd’hui, tout le monde comprend l’intérêt du consensus. «Nous devons remettre le couvert pour dire qu’il est encore possible de refaire le consensus sur tous les éléments qui restent de la gouvernance électorale», ajoute-t-il.

Après la liquidation de l’ex-coalition FCC-CACH, peut-on dire aujourd’hui qu’avec l’avènement du Gouvernement des Warriors, les choses bougent ou que l’on fait du sur place ? A cette question, Delly Sesanga répond sans trop chercher de mots : « Vous savez, lorsque le Gouvernement a été investi, il s’est quand même préoccupé par rapport au niveau d’engagements pris sur le programme. Ils ont annoncé 36 milliards…C’était de niveau au-dessus des capacités réelles de mobilisation des recettes. Lorsqu’on surévalue l’action du Gouvernement d’un point de vue financier, souvent il ya des impasses au moment de l’exécution. Et, je crois qu’à ce jour, il y a impasse par rapport à l’espérance que l’on vend et la réalisation concrète. A ce jour, il est clair que la population congolaise en général et celle de Kananga en particulier, attend que le Gouvernement puisse agir sur certains projets porteurs de croissance. Cas de la route Kalama-Buji, du barrage Katende…», a encore dit Delly Sesanga.

LE SENS D’UN NOUVEAU COMBAT

Delly Sesanga dit avoir un nouveau combat. Celui de mettre en lumière aux cotés de la population par rapport à leurs attentes et ce qu’elles vivent au quotidien. Très peu plaintif, le commandant en chef du parti Envol se reconnait l’homme aux actions concrètes.

L’avènement du Président Félix Tshisekedi au pouvoir en janvier 2019, avait poussé certains analystes à vite déduire que le moment était effectivement venu pour le développement du Kasaï. «A ce jour, les gens commencent à déchanter. Vous particulièrement, faisiez partie de ceux qui avaient soutenu cette opinion…»

A cette question de la consœur, Delly Sesanga réagit en ces termes : « Je pense que ce qui est important, c’est l’offre politique quand elle est faite au moment où l’on prend le pouvoir. Le pays est sinistré. Et, au milieu de ce sinistre, tout est urgent. Mais, parmi ces urgences, il faut savoir définir les priorités. Sinon, on peut effectivement s’égarer de la droite route. Ici, je remercie nos partenaires au développement qui font des choses merveilleuses dans cette province (ndlr : Kasaï central). Je prends le cas de l’Union européenne qui réhabilite la RN1 (Route nationale n°1) qui va bientôt traverser la ville Kananga et va nous relier au Katanga et à Kinshasa. C’est un ancien projet qui a commencé sous l’ère Kabila … il y a continuité de l’Etat. Le mérité est donc à l’Union européenne pour cette infrastructure de qualité intégratrice qui est en train d’être refaite dans de très bonnes conditions. »

Et de poursuivre : «Le travail qui a été fait avant va se poursuivre. Il ne s’agit pas d’un nouvel engagement qui soit consécutif à l’arrivée du président Félix Tshisekedi au pouvoir. Bien entendu, dans le pays tout comme ici au Kasaï, les gens attendent encore. Mais bon…je crois qu’ils ont le gouvernement et le président lui-même a encore deux ou trois ans pour agir et ajuster». 

On rappelle qu’en tant que membre du G13, Delly Sesanga avait participé aux consultations politiques, initiées en novembre 2020 par le président Félix Tshisekedi. « Nous avons dit au Président de la république que cette Union sacrée pour la Nation n’est pas un camp politique, mais plutôt une communion d’idées,   de pensées  et d’actions en faveur des réformes pour sauver le pays par rapport à la crise qu’il connaît aujourd’hui », avait-il  affirmé le mercredi 11 novembre, au sortir du Palais de la Nation.

Pour le G13, ces consultations présidentielles avaient le mérite de rechercher le consensus politique qu’il prônait depuis son appel du 11 juillet 2020. Comme pour dire, Delly Sesanga est resté constant dans ses convictions. Ceci pourrait donc expliquer cela. Grevisse KABREL

Laisser un commentaire

Suivez-nous sur Twitter
eskort eskişehir - adana eskort - escort - izmit eskort - mersin eskort