PROCESSUS DE RESOLUTION DU CONFLIT TEKE-YAKA : La Société civile de Kwamouth propose l’imposition de la paix par la force

Le processus de résolution du conflit entre les Teke et les Yaka initié par le ministère de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières cette semaine est loin de convaincre la société civile de Kwamouth, dans la province de Maindombe quant à son aboutissement. Elle dénie l’hypothèse d’un « conflit communautaire » et parle d’une milice bien organisée qui résiste à l’armée nationale qui constitue l’approche du gouvernement. Elle pense que la solution à cette insécurité passe par l’imposition de la paix et la justice.

Un acte d’engagement sera bientôt signé par les chefs coutumiers Teke  et Yaka pour la fin du conflit entre les deux tribus cohabitant dans le grand Bandundu et à Maluku. Cet acte d’engagement pour la paix a été adopté le lundi 25 mars à l’issue de trois jours des travaux. Les rapports des réunions de ces assises organisées par le ministère de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières ont été signés mardi 26 mars.

Le président de la société civile, Martin Suta, cité par l’ACP, a fait remarquer que la résolution de cette insécurité qui a endeuillé le grand Bandundu passe par l’imposition de la paix par la force et la justice qui doit arrêter et sanctionner tous les instigateurs de ce conflit et tous les membres de la milice. Il se dit sceptique sur les résultats attendus d’un processus qui définit mal le problème. 

CONNAITRE D’ABORD L’AGENT CAUSAL

Nous avions tous compris que c’était une milice organisée. Il ne faut pas parler du conflit entre Teke et Yaka. J’annonce à la communauté nationale ou internationale que dans ce groupe-là, il y a les Songo, les Mbala, les Luba, des Ngala, et beaucoup de tribus. Quand ils ont décidé de mettre fin à cette situation,  ont-ils bien analysé cette fois-ci pour que, nous ayons la paix durable ? », s’interroge Martin Suta, président de la société civile de Kwamouth.

« Nous devons d’abord connaître qui était l’agent causal de cette guerre et l’inquiéter, poursuit-il, les miliciens sont toujours dans la forêt en train de faire des tracasseries. En tout cas, on doit résoudre ce dossier par la force parce que les miliciens sont organisés. Ils ont des armes, il faut les déguerpir par la force. C’est ça la solution« . 

TERRITOIRES TOUCHES

Les territoires de Kwamouth (Maï ndombe), Bagata (Kwilu), Popokabaka et Kenge        (Kwango) ainsi que la commune de Maluku, à Kinshasa, sont les parties du pays touchées par l’insécurité, créée par la milice Mobondo. 

Une Commission technique a été mise en place le samedi 23 mars au ministère de l’Intérieur sur instruction du chef de l’Etat,  pour une solution au conflit Teke-Yaka, dans l’espace Bandundu.

Cette Commission est constituée des représentants des chefs coutumiers Teke (Mai-Ndombe) et Yaka (Kwango), des notables des deux communautés, des membres du cabinet du ministre de l’Intérieur, des  représentants de la présidence de la République  et ceux des autorités traditionnelles de la province du Kongo Central, y compris de l’espace Grand Kasaï. Elle sera dirigée par Peter Kazadi, le vice-Premier ministre de l’Intérieur.

La parole a été accordée aux deux parties en conflit, qui ont donné, à tour de rôle, des explications détaillées, liées à leur conflit, avant de déposer chacune un  cahier des charges contenant leurs revendications. Un petit comité mixte a été mis en place pour analyser les problèmes contenus dans les deux cahiers des charges et aplanir les divergences.

REVENDICATIONS DES DEUX CAMPS

Les  Yaka ont suggéré notamment la libération de ceux de leurs membres en détention, le retrait et  le remplacement des militaires par la Police dans leur espace ainsi que la réhabilitation de toutes les infrastructures endommagées au moment des affrontements.

Quant aux Teke, ils ont recommandé la mise en place d’une Commission ad hoc d’enquête pour identifier les coupables et établir les responsabilités. Aussi, l’organisation des procès publics contre les auteurs des atrocités dans le plateau de Bateke ; le retour des chefs coutumiers Teke et de leurs populations dans leur terre. De même,  le désarmement de la milice « Mobondo ».

L’indemnisation des victimes et la prise en compte de la dimension coutumière avant la réconciliation entre les deux communautés, ainsi des cérémonies ancestrales, dont la purification des terres, ont été également suggérées.

UN CONFLIT VIEUX DE 21 MOIS

Cette réunion a connu également la participation des délégués de la Présidence de la République, des chefs coutumiers de l’espace Grand Kasaï, de la province du Kongo Central et celle d’un représentant de la milice «Mobondo »

Auparavant, le chef de l’Etat avait reçu, à la cité de l’Union africaine, une forte délégation des chefs coutumiers Teke et Yaka , pour une mise en place « en toute urgence » d’une commission mixte chargée de résoudre le conflit ethnique opposant ces deux peuples de l’espace Bandundu depuis l’année 2022.

Les atrocités, qui ont débuté dans le territoire de Kwamouth en juin 2022 entre les communautés Teke et Yaka, viennent d’accomplir 21 mois..

D’abord, il s’est agi comme cause, l’augmentation de la quantité de la redevance coutumière par le chef du village Masiambe de un à cinq sacs, ce qui n’a pas été accepté par les non originaires dont les Yaka qui vont protester par des manifestations. C’est alors qu’un mouvement de chasse de tous les non-originaires sera déclenché par les Teke. 

En revanche, un groupe de personnes identifiées comme des Yaka se sont organisées pour déchoir quelques autorités coutumières et installer les leurs, notamment au village Ngambomi.

Quelques mois plus tard, une milice appelée « Mobondo » a été identifiée comme auteur de l’insécurité. Des avis de recherche ont été lancés depuis plus d’un an pour retrouver six personnes citées comme auteurs intellectuels de ces violences. Ces enquêtes sont restées jusque-là sans succès.  Kléber KUNGU

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