Kinshasa : Quand la CAN transforme terrasses et boîtes de nuit en mini-stades

Au quartier Salongo centre, dans la commune de Lemba, il ne fait plus beau de suivre le match en direct à domicile, tant les coupures de courant sont fréquentes et intempestives. A peine se place-t-on devant la télé que l’on est surpris de la voir éteinte au moment où une occasion de but s’annonce. Et c’est à peine en sortant de la parcelle qu’on apprend de terrasses environnantes qu’un but a été marqué ou que l’action a été spectaculaire.

Habitués à ces genres de désagréments, bien courants dans les quatre coins de la ville de Kinshasa, de nombreux amoureux du ballon rond se sont accoutumés à aller suivre les matchs de la CAN 2024 dans les terrasses et boîtes de nuit. Là, la retransmission en direct des matches est rarement interrompue. Là, l’ambiance du stade est au rendez-vous. Là, on peut se la couler douce… et voir de belles silhouettes agrémenter le spectacle en live.

Une affluence digne des stades

Ce mercredi 27 février, les terrasses de Lemba sont pris d’assaut par des milliers de téléspectateurs sportifs dès le coucher du soleil. Pour avoir plus de places dans ces buvettes alignées à la queue-leu-leu le long de l’avenue Sefu (partant de Super-Lemba à Terminus) et tout le long de l’avenue Kianza (qui relie Sous-région à la commune de Ngaba), il faut arriver à temps. Généralement une heure avant le coup d’envoi du match des Léopards de la RDC face aux Eléphants de la Côte d’Ivoire.

A 21h00, quand résonne le sifflet de l’arbitre libyen de cette rencontre comptant pour les demi-finales de la CAN 2024, l’affluence est considérable. Difficile de trouver une place assise dans la boîte de nuit tout comme à l’esplanade de ‘‘Deux Saisons’’ et d’ ‘‘Ambassadeur de l’ambiance’’, les deux terrasses les plus en vue de l’axe situé entre Super-Lemba et la place Hugo Tanzambi. Il en est de même à la terrasse Serge Bangala à Sous-région, au niveau du garage Ucolog.

SUIVRE LE MATCH DEBOUT

Comme dans un stade dépourvu de gradins, le public est en majorité habillé en maillot des Léopards, l’équipe nationale congolaise. Qu’il s’agisse des hommes et des femmes. Moulés dans leurs vareuses bleues, les supporters des poulains du sélectionneur Sébastien Serge Louis Desabre ont les yeux rivés sur les écrans plats, plantés à l’entrée des terrasses ou suspendus au plafond des boites de nuit.

Autour des privilégiés qui ont trouvé de sièges, s’amassent des dizaines, voire des centaines de passants et curieux, contraints de suivre le match debout. Surtout qu’ils ne sont pas contraints de débourser le moindre rond pour consommer quand ils sont debout… Même des motards se sont immobilisés avec leurs clients, préférant suivre, debout et à distance, ce match qualificatif pour la finale.

Générosité des hommes aux poches élastiques

Vuvuzela en main, casquettes aux couleurs nationales vissées sur le front, écharpes bleues à califourchon sur les épaules, des couples spontanés, réunis autour d’une table bondée de bières locales, commentent à cœur joie ‘‘l’ascension éclair’’ des Léopards qu’on n’attendait pas parmi les favoris de cette 34ème édition de la CAN.

Optimistes pour la plupart, les fans des Léopards croient dur comme fer que la sélection nationale va certainement battre les Ivoiriens chez eux et ramener la Coupe au pays.

L’optimisme est tel que les hommes aux poches élastiques enchainent des commandes des boissons alcoolisées pour satisfaire leurs compagnes de circonstance. Une générosité qui ne déplait pas aux nombreuses filles de joie, disséminées dans ces lieux de rendez-vous. Satisfaction également pour les tenanciers des terrasses et boîtes de nuit qui voient leurs dividendes s’accroître au fil de la progression des Léopards.

Quand la CAN fait prospérer les terrasses

Barman dans une de terrasses de Super Lemba, Rachidi S. se dit heureux de voir les affaires amorcer leur vitesse de croisière avec l’affluence d’un nombre croissant des consommateurs. «Nos stocks des boissons sont garantis. Ils pourront satisfaire notre nombreuse clientèle qui vient de plus en plus voir nos matchs. Nous prenons juste la précaution d’alimenter nos groupes électrogènes pour ne pas interrompre la diffusion du match. Aussi de régulariser nos abonnements aux chaînes satellitaires, afin d’avoir la meilleure qualité de l’image, du son et des commentaires», nous confie Rachidi S.

Le refrain est le même pour Odilon, un autre barman qui gère une terrasse bien prisée à la 4ème Rue, à Salongo centre. «Ici chez nous, nos clients sont rassurés de suivre leurs matches de la CAN sans entrave, jusqu’au bout. La bière coule à flot. Sans la moindre interruption. Et les téléspectateurs peuvent se régaler devant notre écran qui les rassure… Même quand survient une brusque interruption du courant dans le quartier », , nous avoue Odilon.  

« En fait, nous connectons notre télé à une batterie qui l’alimente pendant toutes les rencontres sportives. Nous avons ainsi réussi à fidéliser notre clientèle qui vient chaque jour suivre le match en sirotant aisément sa boisson».

‘‘Mpiaka’’, une chanson qui résonne et raisonne

A l’accoutumée, lorsque les Léopards marquent ou égalisent, c’est de terrasses qu’on entend résonner des cris de joie qui se répandent dans la cité. C’est là également où affluent des milliers de supporters en liesse quand le Onze national remporte la victoire. Mais, ce mercredi 27 février, la fête n’est pas au rendez-vous. Les immenses espoirs des Congolais sont subitement réduits au silence lors du premier et unique but des éléphants ivoiriens. Une réalisation de Sébastien Haller qui  a délivré son équipe grâce à sa reprise de volée smashée à la 65ème minute.

Au coup de sifflet final, la déception se lisait sur les yeux de tous les patriotes congolais. L’amertume était telle que les terrasses se sont vite vidées… sans tambour ni trompette. Et ceux qui ont préféré s’agripper à leurs tables envahies par des bouteilles vides, sont restés longtemps silencieux lorsque des décibels de la chanson ‘‘Mpiaka’’ (Galère, en lingala, NDLR) de la jeune vedette Innoss’B (Innocent Balume) ont commencé à résonner dans leurs oreilles et à raisonner leur conscience, leur rappelant l’avalanche de misères sociales qui les guettent et les affres que commettent au quotidien des groupes armés à l’Est du pays.           Yves KALIKAT

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