Après avoir été vendeuse de legumes, Augustine Kimbiese se convertit en fournisseuse de cartons usagés

Sexagénaire, le dos voûté par le poids du travail, Augustine Kimbiese, veuve et mère d’une famille de quatre enfants, maraîchère de son état, s’est convertie depuis 2019 en fournisseuse des imprimeries en cartons usagés. Ce nouveau boulot semble mieux payer que le premier. Car cette mère arrive non seulement à rassasier son ménage, mais aussi à scolariser ses quatre enfants, dont l’un est à l’université.

Augustine Kimbiese sillonne, au quotidien, rues et quartiers de N’djili à la recherche des cartons et sachets hors d’usage. Elle passe d’une boutique à une autre, d’une chambre froide à une autre pour rassembler ces articles. Au fur et à mesure qu’elle en trouve, elle les emballe, selon les «techniques exigées». Elle les entasse le long de son avenue. Après un ou deux mois de ramassage, elle les livre, contre paiement, dans une usine de la place. «Outre les cartons hors usage, je rassemble également les sachets, les cahiers qu’on n’utilise plus et les emballages venant des étrangers dans des conteneurs. Au départ, j’allais les chercher aussi à Matete. Depuis un certain temps, je suis concentrée seulement à N’djili», révèle Augustine Kimbiese.

Un métier rentable

A première vue banal, ce métier est rentable. «Je forme des bottes. Je peux aller jusqu’à 50 par jour. Je vais les entreposer quelque part jusqu’à en avoir plus. Après je loue un véhicule pour les acheminer vers une usine de la place. Je paye 50.000 à 60.000 FC selon la quantité. Je fais un effort pour remplir au maximum le camion pour rentabiliser la location au regard de son coût. Une fois à l’usine, la marchandise est pesée et on me paie suivant le nombre de kg. Contrairement à la vente de légumes, j’arrive à gagner 400.000 à 600.000 FC, selon la charge, par livraison», précise-t-elle.

Stratège qu’elle est, après le marché, Augustine Kimbiese revient chez les boutiquiers. En signe de reconnaissance, elle leur donne un pourboire. «Je fais un geste à l’endroit de mes «fournisseurs». Cela me permet de gagner leur confiance de manière qu’ils me réservent les cartons au prochain passage».

Un métier exercé au hasard

Augustine Kimbiese n’avait jamais rêvé d’exercer ce métier de fournisseur d’imprimeries. «Au départ, raconte-t-elle fièrement,  je n’avais aucune idée sur ce commerce. A l’époque, je vendais les légumes à Matete. Un jour, une amie m’avait soufflé qu’on lui a proposé un deal : livrer les cartons et les sachets usagés dans une usine de Kinshasa. J’étais sceptique malgré son insistance. Je lui ai demandé où je vais trouver les cartons. Elle m’a répondu que je pouvais les avoir facilement dans des boutiques. Tout est parti un jour quand elle m’a montré l’argent qu’elle avait gagné après avoir livré des cartons. Attirée par le gain, j’ai finalement décidé de lui emboîter les pas».

C’est en forgeant qu’on devient forgeron

«Au départ, je ne savais pas comment les emballer parce qu’il y a une «technique» pour le faire. Il faut d’abord l’ouvrir, enlever les papiers collants tout autour s’il y en a et ensuite les plier suivant «les normes». Au début, je recourais auprès des jeunes à qui je payais 1000 FC par botte pour ce service », souligne la fournisseuse de cartons usagés.

Avec le temps, elle a appris à nouer les bottes. «La première fois j’avais totalisé 13 bottes seulement. Quand je suis allée à l’usine j’ai eu 68.000 FC. C’est là que j’ai réalisé que c’est un commerce rentable. Et du coup, j’ai abandonné la vente de légumes en me lançant dans le commerce des cartons et sachets».

Augustine lance un appel aux femmes

Augustine Kimbiese invite les femmes à se joindre à elle dans son commerce. «Que les femmes qui n’exercent aucune activité lucrative ne se gênent pas. Qu’elles lui emboîtent les pas. Même si les gens ont tendance à dire que c’est un métier salissant. Il n’y a pas de sot métier. L’argent n’a pas d’odeur non plus. Passez de boutique en boutique pour collecter des cartons. Confiez-vous auprès des personnes qui ont déjà une expérience dans ce domaine, surtout pour apprendre à  former les bottes».

Un commerce connexe

En plus d’être livreuse, Augustine Kimbiese envisage d’ouvrir une boutique. «Certaines de mes amies qui ont commencé il y a de longues années ont ouvert des boutiques de vente de produits divers à partir des recettes générées par la vente des cartons. Je suis en train d’acheter des articles à Lufu pour faire comme elles».

Mauvais souvenir

Même si les choses marchent comme sur des roulettes, elle reconnaît que tout n’a pas été rose. Elle raconte, la mort dans l’âme, qu’au mois de mai dernier, elle avait perdu une marchandise de plus de 600.000 FC.

«J’avais entassé des cartons le long de la route Cecomaf. Un matin, je suis allée à la recherche d’un véhicule pour les transporter. A mon retour, j’ai aperçu, de loin, des flammes de feu. C’était mes cartons qui brûlaient. Ce jour-là, par malheur,  les autorités administratives sont passées par-là. Elles ont donné l’ordre de brûler ces cartons qui pouvaient me procurer plus de 600.000 FC. J’ai connu un choc. Je suis tombée malade. Je suis restée inactive pendant un certain temps. C’est à peine que je viens de reprendre ». Mbangu MAMIYOUND

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