Nicolas Kazadi : « La Chine reste un partenaire important de la RDC »

* Le ministre des Finances rassure: « nous n’avons pas envie de nous fâcher avec eux « 

* Pour Patrick Muyaya, lorsque l’IGF fait des évaluations, il ne faut pas considérer qu’on veut brimer les Chinois…

Le contrat chinois s’était invité hier au briefing presse qu’ont animé conjointement les ministres de la Communication et Médias, Patrick Muyaya,  et  des Finances, Nicolas Kazadi, sur le thème  » Etat des finances publiques en 2022, perspectives économiques en 2023 et comportement du Franc congolais sur le marché de change « .

 Le rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF),  publié le 16 février courant, a remis en selle la convention de collaboration entre la République démocratique du Congo et le Groupement d’entreprises chinois, signée par le gouvernement en 2008, et a donné lieu notamment à la création d’une entreprise commune sino-congolaise, Sicomines. L’inspection générale des finances a dénoncé un « déséquilibre  » dans le contrat signé entre le gouvernement congolais et le consortium des entreprises chinoises, dans la gestion de certaines ressources naturelles du pays.  L’IGF conclut simplement à une revisitation de ces contrats afin d’opérer un rééquilibrage de gains, avantages et charges.  

« Nous voulons regarder aux intérêts des Congolais »

S’exprimant sur le sujet, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya,  fait savoir que « La stratégie du gouvernement est de regarder partout où nous devons glaner des ressources pour faire face au problème des Congolais. Le contrat chinois qui a été signé en 2008 et qui devait être revisité, est un travail qui a été commencé « .

Sans vouloir réagir aux propos de l’ambassade de Chine en RDC, le porte-parole du gouvernement dit « mais nous voulons regarder aux intérêts des Congolais. Nous disons par rapport aux objectifs assignés à ce contrat où on devait troquer les mines contre les infrastructures. On n’a pas beaucoup bénéficié dans ce sens. C’est ainsi que l’IGF est allé creuser avec des chiffres qui étaient investis dans ce secteur. On ne peut pas nous empêcher de vouloir voir plus clair dans ce qui se faisait « ,  a expliqué Patrick Muyaya. 

Et d’ajouter, « Lorsque l’IGF qui est commise à cette tâche, fait des évaluations. Il ne faut pas considérer qu’on veut brimer les chinois mais nous voulons tout simplement nous assurer que le contrat répond aux exigences congolaises qui devaient donner des routes , des infrastructures  » a-t-il insisté.

 » Nous ne voulons pas nous fâcher avec eux « 

Pour sa part, Nicolas Kazadi a précisé que ce n’est pas la première fois que l’on manifeste le souhait de regarder ce contrat chinois.

« Le conseil des ministres est plusieurs fois revenu là-dessus, les rapports du ministre des Infrastructures et de celui des Mines également en ont fait mention. Mais fondamentalement le travail de l’IGF permet d’aller en profondeur avec des chiffres. Nous avions déjà annoncé à nos partenaires Chinois qu’il y a des choses à revoir maintenant qu’il y a des chiffres détaillés sur la table, nous allons discuter avec eux « , a déclaré Nicolas Kazadi.

Le ministre des Finances précise : « La Chine reste un partenaire important de la RDC. Nous n’avons pas envie de nous fâcher avec eux mais nous avons le droit de défendre nos intérêts, notre vision, notre stratégie. Nous devons le dire, le contrat chinois aujourd’hui n’est pas à notre avantage. Nous n’avons reçu qu’un peu moins de 1 milliard USD d’investissement ; nous avons exonéré dans beaucoup de charges et taxes mais ils ont généré beaucoup de recettes qui dépassent 10 milliards USD « , affirme le ministre des Finances.

Mais au-delà de ce contrat chinois, investissement contre mines,  » il y a aujourd’hui un litige avec la Sicomines pour le super profit qui n’est pas concerné par les exonérations. Malheureusement, fait remarquer Nicolas Kazadi, Sicomines ne veut pas payer les 200 millions USD qu’on lui réclame au titre de super profit. « 

Nicolas Kazadi insiste,  » la Sicomines doit le payer parce que cette taxe, cet impôt ne fait pas partie des impôts exonérés au titre de la convention » a souligné l’argentier congolais.

Il faut rappeler qu’au sortir des différentes guerres imposées au pays, et après le dialogue inter-congolais et la mise en place des institutions de la Transition, la priorité a été accordée à l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes, à l’effet de doter  le pays des institutions législatives.

De l’aveu même des  partenaires de la RDC, la mise en place des institutions issues des urnes devrait ouvrir la voie à la reconstruction du pays, au regard de la destruction et de l’état de délabrement avancé des infrastructures de base.

Aussi, face aux attentes sociales de plus en plus fortes, le gouvernement se devait d’inaugurer de nouvelles stratégies, explorer d’autres voies, d’autres expériences, identifier de nouvelles pistes pour résoudre l’épineux problème des sources de financement de son Programme, notamment à travers les cinq chantiers de la République.

La convention de collaboration avec le Groupement des entreprises chinoises, en son temps était une des réponses à ce besoin pressant des moyens.

Des partenaires traditionnels abonnés à l’humanitaire

La Chine à l’époque était l’unique partenaire, le seul pays à avoir répondu concrètement à l’appel de la RDC. Kinshasa avait attendu, avant la signature du contrat chinois, vainement l’accomplissement des promesses de ses partenaires dits traditionnels abonnés à l’humanitaire. Si aujourd’hui l’activité minière a repris dans l’ex-Katanga et au Lualaba, c’est grâce à la coopération avec la Chine.

Si le pays peut compter des infrastructures ces 20 dernières années (routes, ponts, hôpitaux dans les bassins miniers…), c’est le fruit de cet accord entre Pékin et Kinshasa.

Loin des considérations géopolitiques, nombre d’observateurs avertis conseillent au gouvernement congolais de ne pas tomber dans le piège de ceux qui veulent faire du contrat chinois une autre arme de disqualification de la Chine.

Kinshasa n’a aucun intérêt à s’aliéner l’un des rares partenaires qui lui apporte du concret.

Didier KEBONGO

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