La métaphore du Pape et le parler cru du Cardinal

L’heure du bilan de la visite papale n’a, évidemment, pas encore sonné. Mais, d’ores et déjà,  tous ceux qui pensaient entre quatre murs des palais lambrissés  que la présence du  Pape valait absolution sans aller à confesse  ont vendu la soutane du Saint-Père avant de l’avoir touchée. Tous ceux qui  développaient  des relents d’instrumentalisation de ce séjour pastoral peuvent déchanter. Tous ceux qui, du haut de leurs fonctions d’Etat,  claironnaient à haute et intelligible voix  que le chef suprême des catholiques  venait en faiseur des rois en prévision de décembre 2023 en ont pour leur pari.

Difficile de compter sur le Souverain pontife pour préempter la nécessaire reddition des comptes lorsque celui-ci distille à dose homéopathique, à partir de sa métaphore sur le diamant bien de chez nous, quelques exhortations sur la gouvernance. « Celui qui détient des responsabilités civiles et gouvernementales est appelé à agir avec clarté cristalline en vivant la fonction reçue comme un moyen de servir la société. Le pouvoir n’a de sens que s’il devient service« .

 Pas besoin d’avoir un parchemin en exégèse pour subodorer les destinataires de ce passage du discours de l’exégète XXL qu’est le jésuite François. D’autant qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin: « Combien il est important d’agir dans cet esprit en fuyant l’autoritarisme , la recherche des gains faciles et la soif d’argent que l’apôtre Paul désigne comme la racine de tous les maux« .

Quel est ce Congolais normalement constitué qui ne verrait pas le portrait-robot du dirigeant zaïro-congolais dans ce tableau brossé à grands traits   par François ? Et last but not least, lorsque l’Evêque de Rome invoque et évoque le très lointain évêque d’Hippone, Saint Augustin, natif d’Afrique, il n’y a pas mieux pour interpeller les « hommes forts » du …Continent : « Si la justice n’est pas respectée, que sont les Etats, sinon des bandes de voleurs« .

Le parler cru ou le franc-parler -c’est bonnet blanc et blanc bonnet- de l’archevêque métropolitain de Kinshasa a sonné comme l’ultime tocsin d’une Eglise qui, de par sa vocation, n’a pas à caresser les gouvernants dans le sens du poil. « Le peuple qui vous accueille ce jour est un peuple qui souffre dans son corps et dans son âme« .

Pas l’once d’hyperbole dans ce constat du cardinal Ambongo. Le hic mieux le comble du paradoxe, c’est que les laudateurs d’hier des uppercuts des hommes d’église sont les premiers à prendre en grippe l’inénarrable Fridolin Ambongo. Quand  Laurent Monsengwo, le même Ambongo et le très protestant pasteur Ekofo s’élevaient contre la mauvaise gouvernance sous Joseph Kabila, ils étaient des héros. Lorsque l’archevêque de Kinshasa décrie la reproduction des mêmes tares et travers qui produisent les mêmes résultats, ses encenseurs d’hier deviennent ses censeurs.

L’Eglise est, pourtant, dans son rôle de dire la vérité à temps et à contretemps. Aux dirigeants actuels de sortir le pays du fameux « plus ça change, plus c’est la même chose » cher à l’écrivain français Alphonse Karr. Ou de la boutade de feu Mungul Diaka, ancien gouverneur de Kinshasa,  sur le tacot  qui serait le même et qu’on aurait juste changé de chauffeur.         José NAWEJ

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