Éditorial – Peut-on se passer du dialogue ? : Une réponse à José Nawej

Quand un éditorialiste parmi les meilleurs du pays s’interroge à haute voix, pour savoir si la République Démocratique du Congo peut se passer du dialogue alors que celui-ci est consubstantiel de la démocratie, cela appelle un approfondissement et surtout, un déblayage du contexte de cette pertinente réflexion. Si le besoin de discourir sur la question s’est imposé à cette plume consciente, c’est parce qu’il sait qu’il existe une cristallisation des positions dans le pays comme un dogme notamment, celui de ne plus discuter avec les terroristes. Cette position, reprise en chœur par des représentants du peuple, vient consolider une impasse, surtout dans l’exécution de l’Accord de Luanda qui sollicite un dialogue entre les parties prenantes à cette crise.

José Nawej sait que le dialogue n’est pas un consensus minimaliste ou un refus de choisir pour éviter le débat. Le dialogue dont il s’agit ici n’est pas celui auquel on pense. Il n’est pas un dialogue entre deux peurs où chacun bombe le torse en ayant bien soin de ne jamais quitter sa propre forteresse. Ce dialogue-là, dur en apparence, mais très frileux en réalité, a pour effet de renforcer les cléricalismes comme d’ailleurs le dit si bien Gabriel Ringlet.

Mais, le dialogue auquel fait appel José Nawej et que je souhaite aussi de tous mes vœux, est celui qui encourage l’accueil de la différence sans renoncer à l’originalité de notre identité, il pousse à sortir « «au-delà du clan» et à s’aventurer loin du chemin de l’autre, sans mépris, sans cynisme, avec cette conviction qu’il est grand de s’interroger et avec ce respect qui permet les vraies confrontations et les véritables convergences.

Aujourd’hui le Rwanda, partie visible d’un Iceberg qui prend sa base dans les profondeurs des mers de prédation, est confronté à une situation inédite, il est poussé à une remise en question intérieure qui fait peur, bien plus que ses aventures extérieures. Car, en fait, lorsque son idéologie et ses mythes sont ébranlés, il est profondément ébranlé, frustré et blessé dans son amour propre. Admettre qu’il existe dans sa politique des incohérences, des absurdités dans sa démarche au niveau de la Région des grands Lacs africains, c’est se découvrir lui-même incohérent ou influençable pour n’avoir pas pu, ni voulu le reconnaître plus tôt et le stigmatiser.

Ainsi, ce dialogue va devoir renoncer au superficiel, à trop d’appendices de surface, pour rejoindre son noyau de feu. Ce dialogue exigera du pays de Lumumba d’aller aussi au fond des questions et de s’éloigner d’une certaine vision des rapports de force dans la sous-région. Il s’inscrira dans la perspective de voir derrière le Rwanda le Monde entier qui n’aura de cesse que de voir ce pays à genoux et totalement livré à la logique capitaliste, à moins de s’insérer dans cette distribution des cartes décidée à partir des certaines capitales.

Aujourd’hui, le dialogue traverse le Mouvement du 23 Mars (M23), le Rwanda et atterrit sur la table de ceux qui ont décidé non seulement de la partition du Congo, mais de la professionnalisation de celui-ci en terre d’approvisionnement. Il s’agit pour la RDC de réexaminer les dernières conclusions de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba qui avait planifié un scénario où tous pouvaient avoir accès au gâteau.

Dans l’état actuel des évènements avec le théâtre des opérations sur la terre du Congo, il est impérieux de jouer sur la fin des tueries et le retour à une certaine normalité. Le Congo va reprendre sa place, un jour où un autre, mais mis en danger, il se doit de se sortir du piège lui tendu et il ne peut volontairement se priver d’un moyen peu coûteux qu’est le dialogue. L’éditorialiste José Nawej a posé la question épistémologique de taille. William – Albert KALENGAY

Géopolis n° 1418 du mercredi 22 février  au jeudi 23 février 2023

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