Recrudescence de la violence dans le Haut-Katanga: Mgr Fulgence Muteba exhorte sur le vivre ensemble entre communautés

L’Archevêque de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba, exhorte les différentes communautés vivant dans le Haut-Katanga à un vivre ensemble pour une cohésion nationale en ce moment crucial où la RDC est frappée de plein fouet par la guerre d’agression. Il en appelle à un patriotisme pour barrer la route à la haine ethnique, aux discours incendiaires des membres de certains partis politiques ou acteurs sociaux sur fond d’une xénophobie manifeste en l’occurrence les jeunesses de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (UNAFEC) et de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS); à la fin des crimes crapuleux et l’insécurité qui constitue un calvaire quotidien pour la population. 

Une déclaration rendue publique, hier, lundi 12 décembre suite à la montée de la violence dans le Haut-Katanga.                   Gloire BATOMENE

«HEUREUX LES ARTISANS DE PAIX… » (Mt 5, 9)

MESSAGE AUX FIDELES CATHOLIQUES, AUX CONFESSIONS RELIGIEUSES ET AUX PERSONNES DE BONNE VOLONTE

Préambule

Frères et sœurs,

1.    Face à la montée de la violence dans le Haut-Katanga, en particulier dans la ville de Lubumbashi ; affligé par l’éloge de la haine que font les militants de certains partis politiques ou certains acteurs sociaux sur fond d’une xénophobie manifeste ; mesurant les conséquences désastreuses de cette escalade d’antivaleurs, je m’adresse à vous, habitants du et/ou au Katanga, en tant que Pasteur d’âmes et au nom du Forum sur la réconciliation qui a été suivi du Colloque sur le « vivre ensemble » dans la fraternité, organisés à Lubumbashi successivement en mai et juin 2022. Je lance ce cri pathétique des béatitudes du Seigneur Jésus : « Heureux les artisans de paix…» (Cf. Mt 5, 9).

La paix menacée

2.    Dans la vie de toute personne, la paix est naturellement quelque chose d’agréable et d’indispensable. Sa valeur est très élevée et son prix inestimable. A la vérité, elle recèle quelque chose de sacré. A juste titre, elle est une valeur du royaume des cieux inauguré par Jésus Christ. La paix est comme un trésor à protéger. Elle est une œuvre collective à édifier ensemble et à transformer en une culture. Aussi c’est avec beaucoup de peine de voir cette paix mise à dure épreuve dans notre société katangaise.

3.    En effet, les affrontements entre jeunes militants de deux partis politiques, bien connus de tous, l’Unafec et l’Udps pour ne pas les citer, appartenant pourtant à une même plateforme politique, ont repris de plus belle. Ils font couler le sang, troublent l’ordre public et, en plus, sèment misère et désolation. Comme si cela ne suffisait pas, les crimes crapuleux sont devenus récurrents. L’insécurité, déjà grandissante, tend à devenir notre calvaire quotidien, surtout dans la commune annexe de la ville de Lubumbashi. Le discours de haine, souvent enrobé de vulgaires insultes ou de propos incendiaires, et l’exaltation des stéréotypes ethniques inondent les réseaux sociaux. Il y a un foisonnement des gestes d’intolérance relevant du pur fondamentalisme politique.

4.    A ce sombre tableau s’ajoutent, d’une part la pauvreté croissante, l’expression émotive des frustrations d’origine politique, économique, sociale, judiciaire, etc. D’autre part, on observe une ascension vertigineuse de plusieurs types de provocations de nature ethnique ou politique. Tout cela, hélas, menace gravement la paix et notre bien-être collectif. Chez nous, la tension sociale et politique est partout perceptible. Cette situation crève mon cœur de Pasteur et ne me laisse pas indifférent.

«     Heureux les artisans de paix… » (Mt 5,9).

5.    Sur ce fond, le présent et l’avenir du Katanga s’assombrissent chaque jour davantage. L’inquiétude n’épargne personne. Près d’une année avant la tenue des élections générales annoncées, alors que la guerre sévit dans une partie de notre pays, beaucoup d’entre nous se demandent, avec raison, où tout cela nous amène-t-il ?

6.    Je condamne avec fermeté les assassinats infâmes commis ces derniers temps dans notre Province et autres formes de violations des droits humains ainsi que la montée de la violence. De même, je condamne vigoureusement l’expansion de la haine ethnique, principalement entre les populations d’origine katangaise et celles d’origine kassaïenne.

7.    Dans l’esprit du Forum de réconciliation des filles et fils du Katanga et conformément à la dynamique du ‘’vivre ensemble’’ issue du Colloque sur la fraternité de tous ceux et toutes celles qui vivent ici, déjà évoqués plus haut, je vous exhorte, à la suite du Christ, d’être des artisans de paix (Cf. Mt 5, 9).

8.    Je voudrais vous rappeler que les conflits sont l’expression de la faillite et de la fragilité de notre fraternité. Les déclencher et les entretenir, c’est synonyme de nous engager dans une voie suicidaire. Tout comme les divisions, ils détruisent plus qu’ils ne construisent. Tout bien considéré, ils constituent une fausse solution à un vrai problème que nous devons avoir le courage d’identifier et de résoudre par la voie du dialogue, dans l’entente mutuelle. De cela, j’en suis convaincu, nous sommes bien capables.

9.    Les conflits, faut-il encore ajouter, ne contribuent point à édifier une société où il fait beau vivre et où le développement économique, que nous souhaitons tous au Katanga, est possible. Par contre, ils polluent inutilement l’atmosphère sociale, suscitent la haine, brisent les cœurs, retardent le progrès et, pire, n’attirent pas les investisseurs. A ce titre, les conflits et leur corollaire la violence sont indignes de notre société où prolifèrent les croyants de tous bords et autres personnes de bonne volonté.

10. Je vous exhorte donc à emprunter le noble chemin du « vivre ensemble » parce que vous êtes tous frères (Cf. Mt 23, 8), et non des ennemis. Soyez des artisans de paix (Cf. Mt 5,9) et non les champions de ce qui ne fait que détériorer notre climat social.

11. Laissez-moi vous rappeler qu’en ce moment crucial de notre histoire où notre beau pays est en guerre, il nous faut impérativement affermir la cohésion sociale. Ce me semble la bonne façon pour faire face à la tentative de balkanisation, au pillage de nos richesses naturelles, aux risques de la confiscation des acquis de la démocratie et aux autres menaces pesant sur le Congo, notre patrimoine commun.

12. En outre, nous devons lutter courageusement contre la pauvreté, notre ennemi commun. Il nous faut surtout nous préparer sereinement aux élections qui s’annoncent pour que, cette fois, notre vote ne soit pas larciné.

13. De toute évidence, notre pays est confronté à plusieurs défis. Les relever avec succès demande le concours de tous et toutes. Ne cédons donc pas au chant des sirènes au risque de nous détruire inutilement les uns les autres. Dans notre contexte d’aujourd’hui au Katanga, les paroles suivantes de l’apôtre Paul retentissent avec une résonnance particulière : «Poursuivons donc ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle » (Rm 14, 19).

14. N’oublions surtout pas que nous sommes dans une société cosmopolite, multiethnique, multiculturelle et multiraciale. De ce fait, efforçons-nous de nous accepter les uns les autres (Cf. Rm 15, 2, 5). Employons-nous à gagner le pari de la cohabitation pacifique en dépassant ce qui est de nature à nous diviser. Ensemble, relevons en actes le défi de la tolérance. Renforçons nos liens de fraternité et d’unité, sans absolutiser nos différences et nos particularités basées sur l’appartenance politique ou ethnique.

15. Je rappelle à tous et à toutes que nous sommes un même peuple et nous avons un seul Créateur. De même, nous chrétiens en particulier, nous avons un seul Sauveur : le Christ Jésus (Cf. 1 Tm 2,5). La guerre entre nous est une absurdité et une distraction. Cessons de multiplier des provocations blessantes de bas étage dont les conséquences sont somme toute incalculables. Travaillons plutôt à promouvoir honnêtement le «vivre ensemble» et engageons-nous à en respecter les exigences.

Exhortation finale Frères et sœurs,

16. Dans l’attente de la venue du Fils de Dieu, Prince de la paix, que nous allons célébrer dans quelques jours en la solennité de Noël, nous devons tous nous convertir. Aussi je vous invite à œuvrer activement pour cette paix dont notre société a tant besoin. Tout naturellement, cela suppose que nous abandonnions définitivement la voie de la violence et rejetions la haine, œuvres du prince des ténèbres. Le «vivre ensemble  est un chemin qui s’impose à nous tous.

Lubumbashi, le 12 décembre 2022.

Fulgence MUTEBA MUGALU,

Archevêque Métropolitain de Lubumbashi.

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