Les chiffres présidentiels versus le ressenti populaire

Constitution oblige, le discours du chef de l’Etat sur l’état de la nation devant le Congrès n’appelle aucun débat. Autant dire que députés et sénateurs n’ont pas d’autre choix que de boire la parole présidentielle-même en dormant-  et de dire amen. Ici comme ailleurs, ce grand oral tourne, traditionnellement, à l’autosatisfaction. Ou à la perception du verre à moitié plein. Normal quelque part. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

 On ne peut donc pas faire grief au chef de l’Etat d’avoir mis l’emphase -en grossissant les traits – sur ses hauts faits à un an de la fin de son double bail au Palais de la nation et à la Cité de l’UA. Lui qui a déjà annoncé urbi et orbi qu’il comptait  rempiler.

A la lisière de l’année électorale, il n’est pas inhabituel que le Président fasse  la promotion du …candidat et vice-versa. Ainsi, chiffres  et statistiques en bandoulière, Félix-Antoine Tshisekedi a juste manqué de conclure par la formule chère aux communistes français des années 70 :  » le bilan est globalement positif« .     

Pas sûr cependant que le destinataire final du discours sur l’état de la Nation  partage le satisfecit du Président.  Difficile de convaincre le Congolais lambda,  qui continue à galérer pour sa pitance journalière, que l’économie va de mieux en mieux.

 Pas évident d’être audible dans le pays réel  en brandissant  une croissance en hausse (6%) alors que  les fondamentaux du  » panier ou du sachet  » de la ménagère demeurent dramatiquement  les mêmes. Que peuvent signifier tous les concepts généreux sur la  » santé pour tous  » au moment où  dans les  hôpitaux  publics tout s’achète comme auparavant ?  Même la simple  seringue.

Serait-ce faire preuve d’anti-tshisekedisme primaire que d’interroger les  » bénéficiaires  » de la gratuité  telle qu’engagée sur les retombées en termes d’amélioration de la qualité de l’enseignement ? Sans la placer dans une approche holistique, la  » gratuité  » ne serait-elle pas un cache-misère pour l’enseignement ?

Serait-il excessif de douter, à ce stade, du caractère véritablement inclusif des futures élections pour lesquelles le Président se félicite qu’elles se tiendront dans le délai constitutionnel ? En interrogeant les acteurs politiques et sociaux  hors sensibilité présidentielle, est-on sûr qu’ils souscrivent au processus électoral en cours ? Quelle serait alors la portée cathartique  des scrutins qui souffriraient de mêmes tares que les précédents ? 

Pas évident, en tout cas,  que la perspective électorale emballe le souverain primaire. Les élections-alibi ou les scrutins-formalités qui se suivent et se ressemblent  ayant ruiné l’espoir d’avoir les  » dividendes démocratiques « .      

 Bref, entre les vérités présidentielles annoncées ex cathedra   et le ressenti populaire, il y a bien matière à une espèce de  » pièce contre pièce « .    José NAWEJ

Laisser un commentaire

Suivez-nous sur Twitter