Agression rwandaise : les condamnations verbales ne suffisent pas

*Le budget de l’État rwandais étant alimenté de plus de 40% par l’aide internationale, les pays occidentaux ont les moyens de faire pression sur Kigali pour que cette guerre s’arrête. Les Congolais appellent l’Occident à cesser «l’humanisme à géométrie variable».

Le Roi Philippe a reçu en audience hier lundi 19 décembre au Palais de Bruxelles,  le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula. Selon le site de la monarchie belge, cette rencontre a précédé la signature de la Convention spécifique entre la RDC et la Belgique relative à l’approbation du portefeuille de la coopération gouvernementale pour les années 2023 à 2027. Côté belge, le Vice-premier ministre en charge de la Coopération au développement,  Frank Vandenbroucke, et la ministre des Affaires étrangères, Madame Hadja Lahbib, étaient présents.

Dans leurs échanges, la Belgique a encouragé la diplomatie que mène le Président de la République, Félix Tshisekedi, pour résoudre la crise dans l’Est du pays.

« La Belgique  reste ferme dans son soutien aux processus de Luanda et de Nairobi pour que se taisent définitivement les armes dans l’Est de la RDC », a déclaré, à l’issue de cette audience, la ministre belge des Affaires étrangères, des Affaires européennes, du Commerce extérieur et des Institutions culturelles fédérales, Hadja Lahbib, citée par l’Agence congolaise de presse, ACP.

Le Roi des Belges a rappelé, à cette occasion, « sa position intransigeante contre les terroristes du M23 ».

« La situation sécuritaire dans l’Est, les élections de 2023, le climat des affaires ainsi que la question du réchauffement climatique  sont autant de sujets qui ont fait l’objet de l’audience que sa Majesté le Roi Philippe a bien voulu accorder à Christophe Lutundula », a précisé Hadja Lahbib.

Au mois de mai 2022, la Belgique avait condamné, dans un communiqué « les violences dans l’Est de la République Démocratique du Congo et en particulier les attaques du groupe M23 contre les forces armées congolaises  et contre les troupes de la Monusco ».

« La Belgique appelle toutes les parties impliquées à un arrêt immédiat des combats et une désescalade urgente. Elle appuie les déclarations de l’ONU, appelle à utiliser les mécanismes existants de résolution des différends et de vérification conjointe des incidents et soutient le processus de Nairobi », notait le communiqué.

Le Royaume de Belgique  avait saisi cette occasion pour rappeler  « son attachement à l’intégrité territoriale de la RDC » et promis de «continuer d’appuyer les FARDC et la Monusco, y compris par la formation de bataillons de réaction rapide». 

Ce n’est pas tout. Lors de sa visite officielle de six jours en RDC en juin dernier, le Roi Philippe, dans un discours qui lui avait permis de redire ses «plus profonds regrets pour les blessures» infligées aux Congolais durant la période coloniale, avait aussi parlé de «la violence inhumaine et de l’impunité» régnant «trop souvent» dans l’est. Le Roi Philippe avait également évoqué «la préservation de l’intégrité territoriale du Congo, une préoccupation majeure».

Les Congolais estiment que la Belgique peut «jouer un rôle très important» dans cette crise et   prennent régulièrement à témoin la communauté internationale dans son ensemble face à cette agression rwandaise, qu’ils comparent à la guerre déclenchée  en Ukraine.

Arrêter «l’humanisme à géométrie variable »

La communauté internationale demande  à la RDC de négocier avec ses agresseurs, alors que pour l’Ukraine, ce sont toutes les nations qui ont demandé que cette guerre s’arrête, déplorant au passage que la RDC et le Rwanda soient renvoyés dos-à-dos dans cette crise. Il faut arrêter «l’humanisme à géométrie variable», voire le «double standard».

Il faut aider la RDC à faire face à cette agression-là. L’opinion congolaise a le net sentiment que l’Occident est dans le «deux poids deux mesures ». Elle a l’impression que l’Occident ferme les yeux sur l’activisme militaire du Rwanda en RDC.

Pour l’heure, la tendance qu’ont les pays occidentaux à condamner verbalement, du bout de lèvres cette agression rwandaise de la RDC ne suffit pas, face à un régime qui écoute bien autre chose que la parole. Or tout compte fait, les pays occidentaux ont les moyens de faire pression sur le Rwanda pour que cette guerre s’arrête.

Ce n’est un secret pour  personne, le Rwanda vit sous perfusion de l’aide occidentale. Plus de 40 % de son budget est encore alimenté par l’étranger. Et ce n’est pas demain que Kigali va réduire cette dépendance. S’il est avéré comme les experts de l’ONU l’ont démontré que les Rwandais sont aux côtés du M23, il faut bien plus qu’une condamnation verbale parce que le Rwanda viole le droit international. 

En décembre 2008, un rapport des Nations unies accusait le Rwanda de soutenir un groupe rebelle dans l’est de la RDC. Comme à ses habitudes, Kigali s’en était défendu. Les Pays-Bas et la Suède suspendent leur aide au développement. La Banque mondiale, le Royaume-Uni et l’Union européenne, les trois plus gros contributeurs de son budget, n’avaient pas suivi les deux premiers pays. Les fonds des donateurs avaient continué d’affluer.

L’histoire semble se répéter, 14 ans plus tard.

Didier KEBONGO

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