Processus de Nairobi : Uhuru Kenyatta plaide pour un partenariat constructif avec toutes les parties prenantes

L’ancien président du Kenya, Uhuru Kenyatta, désigné facilitateur du processus de Nairobi pour la paix et la sécurité à l’Est de la RDC par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), a bouclé hier lundi 14 novembre ses consultations après avoir rencontré les différents acteurs impliqués dans la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Le soir du même lundi, Uhuru Kenyatta a tenu un point de presse au cours duquel il a fait la restitution desdites consultations.

Face aux médias, Uhuru Kenyatta a tenu à préciser le cadre de ses échanges tout en fixant les contours de sa mission.

Arrivé à Kinshasa le dimanche 13 novembre, l’ex-président kenyan a conféré tour à tour avec le staff de la Monusco, les représentants de la société civile de l’Ituri et du Nord Kivu, mais aussi, les membres du bureau de l’Assemblée nationale et du Sénat, du Gouvernement ainsi que ceux du corps diplomatique accrédités en RDC.

A ses différents interlocuteurs, Uhuru Kenyatta a fait part des exigences qu’impose le mandat qui lui a été assigné. Il a dit s’employer à amener les parties prenantes à reconnaître le gouvernement légal et légitime de la RDC sous le leadership du Président Félix Tshisekedi, à respecter la Constitution du  pays ainsi que la souveraineté et l’intégrité de son territoire.

Il a déclaré n’être pas venu avec une prescription. «Je ne suis pas venu ici avec une mentalité particulière pour imposer le diktat sur ce qui doit être fait», a-t-il affirmé, précisant être venu plutôt pour écouter les différents acteurs de sorte à faciliter les choses pour le retour de la paix dans l’Est de la RDC.

Le président honoraire du Kenya a indiqué qu’il a beaucoup entendu de la part des parties impliquées et que c’est sur cette base que la facilitation entend évoluer désormais. «Nous tenons à avoir la paix et la confiance mutuelle avec tous les voisins de la RDC», a-t-il soutenu avant de relever la complémentarité existant entre le processus de paix de Nairobi qu’il pilote et les efforts de médiation entrepris par le Président angolais Joâo Lourenço à travers la feuille de route de Luanda.

A une question sur le contenu de ses échanges avec les membres du corps diplomatique, le facilitateur kenyan a répondu avoir insisté sur le partenariat devant caractériser dorénavant leur collaboration pour le retour de la paix dans l’Est de la RDC. Il en est de même des groupes armés ayant déposé les armes, mais aussi, des médias de sorte à créer une synergie susceptible de favoriser la stabilité et le développement du pays.

Appel à l’unité des Congolais

Dans une interview qu’il a accordée à Radio Okapi, Uhuru Kenyatta appelle tous les Congolais au patriotisme.

 «Mes frères et sœurs Congolais, je voudrais vous dire ceci : il y a ceux qui viennent d’ailleurs pour vous diviser.  Mais ils ne vous divisent pas parce qu’ils vous aiment. Ils vous divisent pour leurs intérêts qu’ils cherchent dans votre pays. C’est la responsabilité de tout Congolais».

L’ex-président kenyan exhorte les Congolais à développer le patriotisme, vivre et travailler ensemble.

Uhuru Kenyatta appelle pour cela tous les combattants des groupes armés à déposer les armes :

«Sachez que les armes ne font pas seulement des victimes. Elles ne peuvent jamais vous amener le développement et la richesse».

«Nous sommes ici parce que nous sommes aussi consternés par ce qui se passe dans le pays. Les Congolais sont tués innocemment. On leur impose la guerre. Nous sommes là pour échanger avec le gouvernement et avec   les Congolais pour voir comment nous pouvons ramener la paix   dans le pays et amener la solidarité   entre les différentes communautés et ethnies», a expliqué Uhuru Kenyatta.

La ligne rouge 

Tout en encourageant le dialogue de Nairobi auquel prennent part tous les groupes armés, sauf le M23, l’Assemblée nationale est opposée à toute négociation qui ouvrirait la porte à l’intégration des rebelles dans l’armée nationale. L’Assemblée nationale a, au cours de sa plénière du mardi 8 novembre courant, rendu publique la recommandation portant interdiction d’intégrer, de mixer et de brasser des éléments des groupes armés terroristes et autres au sein des services de l’armée, de la police et des services de sécurité.

Dans l’opinion congolaise, la volonté de se mettre autour de la table des négociations avec les représentants du M23 ne fait pas l’unanimité. Pour nombre de Congolais, il s’agirait d’une «humiliation». Les rebelles sont encore régulièrement traités de terroristes par le gouvernement qui rappelle qu’«on ne négocie pas avec ces gens-là». Ce serait un aveu de faiblesse inacceptable pour la plupart des Congolais qui souhaitent « en finir une bonne fois pour toutes avec la menace que représente continuellement Kigali ».  

Cependant lors du dernier briefing presse consacré à l’évolution sur le front diplomatique à la suite de l’agression du Rwanda via le M23,  le vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula a ouvert la porte à une reprise des négociations avec le M23 mais pas à n’importe quel prix.  «Nous devons avoir un dialogue, mais nous ne négocierons jamais sur l’intégrité territoriale, la souveraineté, l’indépendance de notre pays et le bien-être de nos populations», a-t-il déclaré avant d’énumérer une liste de conditions auxquelles doit se plier le M23 : cesser ses activités criminelles, se retirer des localités occupées, autoriser nos compatriotes chassés par la violence à revenir à leurs domiciles et que cesse tout soutien à tous groupes armés et dans le cas d’espèces le M23…  «Si cela est fait nous sommes ouverts à des discussions», a fait savoir le VPM Lutundula.

En attendant, sur le théâtre des opérations, les armes continuent de crépiter. Didier KEBONGO

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