Patrick Muyaya :  » Kigali n’a pas d’autre choix que de souscrire à un schéma commun « 

*Dans une interview hier sur France 24, le ministre congolais de la Communication et Médias reste convaincu qu’une nouvelle fenêtre s’est ouverte pour tester la bonne foi des uns et des autres. 

On en sait désormais plus sur le mini-sommet de Luanda, en rapport avec la situation dans l’Est la RD Congo. Le désarmement du M23, son retrait des zones occupées ainsi qu’un Accord de cessez-le-feu…sont les principaux engagements pris par les parties aux discussions de la capitale angolaise. Le M23 étant absent de la table du dialogue, le Président rwandais s’étant fait représenter par son ministre des Affaires étrangère…Kinshasa peut-il désormais croire en cet accord ? Quelles sont les garanties que la partie RD Congo, victime d’une énième agression rwandaise, pour s’assurer que tout ce qui a été décidé à Luanda sera respecté ? Auquel cas, à quoi pourrait-on s’attendre si le Rwanda qui a toujours refusé de reconnaitre sa responsabilité dans les tensions qui secouent l’Est de la RD Congo, ne respectait pas sa signature à Luanda ? Dans une interview hier au Journal de l’Afrique sur France 24, Partrick Muyaya, ministre de la Communication et  Médias, porte-parole du Gouvernement, reste confiant quant au respect dudit accord et répond sans chercher les mots. Interview.

L’accord prévoit un cessez-le-feu, le désarmement du M23, son retrait des zones occupées. Le M23 n’étant pas présent  autour de cette table, quelle garantie a le Gouvernement de Kinshasa ? Comment s’assurer que les rebelles vont exécuter ce cessez-le-feu ?

Muyaya :  » La première garantie est d’abord et c’est ce qu’il faut souligner, le communiqué a été signé par des  Chefs d’Etat. Ce qui est un fait inédit. Et, la particularité de ce mini-sommet de Luanda, c’est qu’il réunissait à la fois les deux processus de paix, l’un amorcé par le Président angolais dans le cadre de la CIRGL et le processus  initié au terme de l’adhésion de la République démocratique du Congo  à la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est. Vous aviez donc, le Président en exercice de la CEAE, le Président burundais, le Président angolais mais aussi le Président honoraire kenyan Huru Kenyatta, le Président Félix Antoine Tshisekedi et bien évidement le Président Paul Kagame du Rwanda qui s’est fait représenter par son ministre des Affaires étrangères. Et donc, le communiqué a été signé par tous les Présidents. Et, vous savez que depuis le début de ces hostilités, le M23 a toujours été représenté par le M23-disons les choses telles qu’elles sont…Nous espérons cette fois-ci que les engagements qui ont été pris dans les termes les plus fermes assortis d’un calendrier, sera respecté de tous pour nous assurer que la paix revienne dans cette partie du territoire national.

France 24 : Alors, vous l’avez dit vous-même hier en conférence de presse…il y a ras-le-bol de la part de la RD Congo d’avoir des discussions de paix, alors que certaines parties ne respectent pas leurs engagements. A qui faisiez-vous allusion et surtout faut-il rester particulièrement prudent quant à cet accord de cessez-le feu ?

Evidemment. Nous  garderons cette donne de prudence parce que nous connaissons que c’est le Rwanda …une fois encore il faut dire les choses telles qu’elles sont… et d’ailleurs, vous avez suivi ce soir un Communiqué du Département d’Etat qui demande au Rwanda, de manière claire, de cesser tout appui au M23. Nous espérons, cette fois-ci, comme l’engagement est plus ferme, comme les deux processus de paix ont interagi ensemble  que le Rwanda tiendra à respecter ce qui est de toute évidence. Si cela n’est pas respecté, il y a d’autres mesures, notamment la Force régionale qui sera obligée de recourir effectivement à la force de déloger le M23. Et donc, nous pensons aujourd’hui que c’est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre pour essayer de voir la bonne foi des uns et des autres. Mais nous sommes convaincus que nous arriverons aux résultats escomptés.

Alors, d’un point de vue politique, que signifie cet Accord entre votre pays et le Rwanda….vous l’avez dit vous-même…Le Rwanda ne reconnait pas sa responsabilité dans les tensions qui secouent l’Est de la RD Congo.

Ce n’est pas un accord entre la RD Congo et le Rwanda. Si le Rwanda ne reconnaissait pas sa responsabilité, il ne se serait jamais engagé que ce soit à Nairobi, à Luanda ou à New York autour du Président Macron, à porter la voix du M23 et s’engager pour dire au M23 d’arrêter. Aujourd’hui, il ne faut plus passer par le dos de la cuillère. Il est établi que c’est l’armée rwandaise qui opère derrière le M23. Il y a un rapport d’experts des Nations Unies qui l’atteste, il y a aussi le Département, le Gouvernement américain qui en parle de manière claire, tous les services de renseignements étrangers sont au courant et savent que c’est le Rwanda qui est derrière le M23. Aujourd’hui le Rwanda est diplomatiquement isolé et n’aura pas d’autre choix que de souscrire à un schéma qui est communément convenu parce qu’il faut regarder c’est que les mini -sommets réunissaient à la fois, toutes les initiatives de paix. Ceci engage une dizaine de Chef d’Etat qui sont réunis, que ce soit dans le cadre de la CIRGL ou de la Communauté de l’Afrique de l’Est…il est important que cela soit respecté pour que finalement, nous puissions nous assurer que nos compatriotes qui sont déplacés puissent bénéficier de l’assistance humanitaire et retourner chez eux parce que c’est cela la phase dramatique de cette aventure du M23.

Alors, mais est-ce que ça annonce un dégel entre la RD Congo et le Rwanda ou c’est trop tôt pour l’annoncer?

Parce que dans La lecture du communiqué il est donné une période d’à-peu-près 60 jours pour voir dans quelle mesure continuer la conversation. Mais ici, il n’est pas d’abord question de regarder ou d’aborder le problème sous cet aspect. Ici, le plus urgent est que le M23 cesse ses attaques répétées sur les populations, l’Armée et sur la MONUSCO. A partir de ce moment -là, nous pourrons traiter le plus urgent la situation humanitaire et dans le cadre des mécanismes régionaux qui sont prévus, nous allons évidemment discuter, voir dans quelle mesure on pourra avoir des mesures de confiance pour essayer de reconstruire une relation qui était déjà difficile, perturbée sérieusement et nous espérons que cette fois-ci, le Rwanda s’acquittera de sa part de responsabilité pour que cette paix revienne d’abord dans cette partie touchée avant d’envisager par la suite, les possibilités d’un retour des relations bilatérales mais qui devront cette fois-là, se refonder sur de nouvelles bases de confiance qu’il faut absolument restaurer.

Est-ce que vous pensez que ce revirement est dû particulièrement à la pression de la Communauté internationale et notamment celle des Etats-Unis…Vous avez évoqué tout à l’heure la déclaration du Département d’Etat…Et vous pensez que c’est la pression des Etats-Unis qui a provoqué ce revirement.

Ecoutez. Il y a d’abord la pression des pays de la Sous-région qui sont comme nous, tous engagés dans ce processus de paix, les pays de l’Afrique de l’Est mais il ne faut pas oublier l’Angola qui, dès les premières heures, s’est portée garant pour assurer la médiation. Il y a évidemment la pression américaine qui elle, est publique et il y a notamment la pression des Nations Unies même si le Secrétaire général n’ a pas pu dire les choses ouvertement, mais je crois qu’il y a des messages qui passent notamment au niveau de la France qui assure une partie de la médiation et nous espérons que cette fois-ci, le Rwanda, pour ne pas s’isoler diplomatiquement, s’engagera à respecter ce qui est prévu dans cet accord auquel cas, nous allons continuer le plaidoyer et demander des sanctions parce que le cas d’agression est avéré. Il y a le Rapport des Nations Unies qui l’atteste et, à ce moment -là, ce sera encore plus difficile pour eux. Donc, il est bon de saisir cette opportunité offerte par la sous-région pour que nous puissions commencer à discuter et, finalement, profiter de notre adhésion à la Communauté d’Afrique de l’Est.

Merci. Un décryptage de Grevisse KABREL 

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