Modeste Bahati : «La parole seule ne suffit pas. Il faut agir»

* La RD Congo étant victime d’un complot international, le speaker du Sénat invite les Congolais à une auto-prise en charge.

De même la foi sans œuvres est morte (Jacques 2 :26), vaine est toute mobilisation générale des Congolais contre l’agression rwandaise, qui ne soit soutenue par des actes concrets.         «Nous ne devons pas seulement parler. Mais nous devons agir. Nous devons changer pour que tous, réalisions que le danger est là et qu’il risque de nous emporter», argue le président du Sénat, Modeste Bahati, en pleine plénière de cette Chambre parlementaire, hier lundi 14 novembre.

Au-delà de toute solidarité hypocrite de certaines puissances extérieures, le speaker de la Chambre haute du Parlement rd congolais ne se berce pas d’illusions. Bien au contraire. Modeste Bahati regarde la réalité en face et en arrive à la conclusion que la RD Congo est victime d’une vaste conspiration. D’où, son appel lancé aux Congolais de prendre en main leur destin commun. En l’espèce, la défense légitime ou la légitime défense de l’intégrité du territoire national.

«Nous sommes l’objet d’un complot international et total. Cela doit nous interpeller pour que nous-mêmes, puissions nous prendre en charge. La journaliste belge Colette Braeckman a écrit et rappelé ce que nous sommes tous censés connaitre.  Nous ne pouvons que compter sur nous-mêmes. D’où, nous devons chacun, intérioriser cette question et nous comporter en conséquence. Nous devons changer pour réaliser ensemble que le danger est là et qu’il risque de nous emporter»,  exhorte Modeste Bahati, très applaudi par ses collègues sénateurs.

PAYS AGRESSE MAIS SOUMIS AU REGIME DE NOTIFICATION…

Reçu en audience le  mercredi 9 novembre par  le Président du sénat, Michel-Xavier BIANG à la tête d’une délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies avait déclaré que «la RD Congo n’était pas concernée par l’embargo sur les armes et que cette mesure de contrainte ne visait que les groupes armés. Ces derniers ne pouvaient ni acheter des armes ni des munitions».

Par ailleurs, le même Représentant permanent de la République du Gabon auprès des Nations Unies et président du Comité de sanctions du Conseil de Sécurité de l’ONU, avait clairement souligné que «la Résolution 1807 de 2008 reconnait à la RD Congo, la liberté d’acheter toutes sortes d’armes, de munitions, d’avions et autres équipements militaires pour la défense légitime de son territoire. Seulement le fournisseur auprès de qui la RDC pourrait acheter ces équipements militaires qui a l’obligation d’informer le Conseil de Sécurité».

Il semble, cependant, qu’entre les différentes déclarations (pompeuses ?) et la réalité sur le terrain, existe un fossé profond. Question : comment comprendre que la RD Congo, pays agressé, soit en même temps soumis au régime de notification, alors qu’il se trouve face au devoir souverain de défendre l’intégrité de son territoire ? C’est donc ici, que de nombreux analystes jugent ambiguë, la position des Nations Unies qui, face au drame congolais, s’est montrée incapable de neutraliser les groupes armés, auteurs des massacres des centaines de milliers de populations civiles et de pillages de ressources naturelles du pays. 

S’agissant du régime de notification imposé à la RD Congo, Modeste Bahati s’interroge : «Pourquoi seulement nous ?». Une fois de plus, le speaker du sénat se trouve conforté dans sa thèse de complot international et total dont la RD Congo est victime. Le mal est profond et le danger, bien réel. Que faire ? Le Président de la Haute assemblée du Parlement congolais est de ceux qui pensent qu’il faille briser le mur de lamentations et agir. A ce jour, le «cri muet» des Congolais étant de très faible portée, il revient donc aux mêmes Congolais de réexaminer eux-mêmes l’histoire et de se réapproprier le récit national. De l’avis de plus d’un analyste, la conjonction de ces deux éléments essentiels constitue le remède idoine au mal imposé à la RD Congo.

DONNER UN CONTENU AU SOUTIEN AUX FARDC

Après l’appel à la mobilisation générale, lancé par le président Félix Tshisekedi, dans son message à la nation le jeudi 7 novembre, les clivages politiques sont mis en sourdine pour la juste cause de la nation. La fibre nationaliste devant l’emporter sur des querelles internes et autre guéguerre idéologique, motivée par la quête inassouvie de leadership. 

Depuis ce message du Chef de l’Etat, des messages de soutien aux FARDC sont entendus de partout. Quoi de plus normal, quand on sait qu’en période de guerre, les troupes aux fronts ont également besoin de l’appui psychologique de la population pour garder le moral toujours haut.

Cependant, il est à constater que nombreux sont des acteurs politiques en perte de visibilité, qui renaissent de leurs cendres, en se servant de cet appel du Président Félix Tshisekedi, pour s’offrir une tribune. Légitime. Néanmoins, ça ne devrait échapper à personne que le seul soutien moral aux troupes loyalistes engagées aux fronts, ne suffit pas. Oui, il faut soutenir et bien soutenir l’armée. De l’avis de nombreux observateurs, ce soutien doit se traduire par des actes concrets. Par exemple, la remise des kits alimentaires (eau, sacs de riz, cartons de boites de conserves, sacs de semoule de blé ou de maïs…) en guise, justement de ce soutien aux FARDC. Autrement, les différents appuis proclamés à l’armée nationale, non suivis des actions palpables, risquent de se réduire en de simples déclarations d’intention, sans contenu. D’où, l’exhortation de Modeste Bahati. Pourvu qu’il soit entendu. «La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice», jugeait le célèbre philosophe néerlandais, Baruch Spinoza. Grevisse KABREL

Le sénat vote la prorogation de l’État de siège

Après l’Assemblée nationale, le sénat a voté hier lundi 14 Novembre,  le projet de loi portant prorogation de l’état de siège sur  une partie du territoire national. C’est la ministre d’Etat, ministre de la Justice et Garde des sceaux,  Rose Mutumbo Kiese,  qui a présenté l’économie de cette loi à la plénière présidée par Modeste Bahati, président de la chambre. Sur 77 sénateurs ayant participé à la plénière,  73 ont voté pour la prorogation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri., 2 ont voté contre  et 3 ont voté  abstention.

Au cours du débat général, les sénateurs ont fustigé la position  ambiguë affichée par la communauté internationale face à  l’agression de la RD Congo par le Rwanda et concernant la restriction imposée à la RD Congo pour ses besoins d »acquisition d’armes,  et des munitions de guerre et autres matériels militaires. Ceux-ci, en ce qui concerne la RDC,  doivent   passer par le régime de notification. Allusion faite à l’avion transportant des matériels militaires cloué au sol en France

Il faut noter qu’au cours de la même plénière,  les sénateurs ont également voté à l’unanimité 5 projets de loi de ratification présentés par le ministre des Finances Nicolas Kazadi. Ces projets de loi font bénéficier  à la RD Congo un accord de prêt auprès des certaines institutions financières internationales. Notamment, le Fonds Monétaire international et la Banque Mondiale. Nicolas Kazadi a,  peu avant le vote,   répondu aux préoccupations soulevées par  des sénateurs  lors du débat général sur les critères de sélection des  provinces bénéficiaires de ces projets de développement.

Le ministre a rassuré les élus des élus, en  précisant que  le choix porté sur certaines provinces a été commandé par la volonté de développer toutes les provinces. Car, ce processus est continuel,  en commun accord avec les bailleurs des fonds. GK

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