Un énième défi à l’état de siège

* Sept morts dont une religieuse, un centre de santé et plusieurs maisons incendiées à Maboya !

Nuit d’horreur et de tous les malheurs? Celle du mercredi 19 à jeudi 20 octobre courant, l’aura été pour la population de Maboya, surprise dans son sommeil par une attaque terroriste attribuée aux ADF-NALU. Le bilan fait état de sept morts et d’importants dégâts matériels. Parmi les victimes, un malade et la docteure Sylvie, religieuse de la congrégation des Petites sœurs de la présentation (PSP) dont le corps complètement calciné, a été retrouvé dans la chambre de garde, témoigne l’abbé Roger Malengera, curé de la Paroisse Regina Pacis, cité par Vatican News.

Selon la source, c’est aux environs d’1h30 que des assaillants non autrement identifiés, ont frappé dans cette localité du groupement de Malio, située sur l’axe routier Beni-Butembo, à quelque trente kilomètre de Beni, ville (martyre ?) de la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la RD Congo. Les criminels ont saccagé des boutiques et des maisons d’habitations. Dans cette situation de sauve-qui-peut, les habitants de Maboya sans moyen de défense, ont dû abandonner leurs domiciles pour se refugier en brousse. Le salut étant dans la fuite.  

 « C’est un jour de grande désolation« , juge l’abbé Roger Malengera. Dans son récit des faits, ce dernier explique que les balles ont commencé à crépiter peu après 1h30′ du matin. « Mais, quelques minutes auparavant, la communauté des petites sœurs de la présentation de Marie m’avait alerté sur la présence des hommes en uniforme à l’entrée du centre de santé de la paroisse.  Dans une conversation au téléphone, la sœur Sylvie qui était de garde, me faisait savoir que les assaillants forçaient la porte de la pharmacie et celle de la salle où elle se trouvait. Quelques minutes après, la conversation s’est interrompue et j’ai vite compris qu’il fallait d’urgence trouver un refuge pour me mettre à l’abri. La population s’est alors précipitée dans la brousse. Il faisait froid. Nous y étions avec des nourrissons et des femmes enceintes« , témoigne ce prêtre cité par la même source.

A en croire la source de Vatican News, c’est seulement après un temps d’accalmie observée vers 6h30′, que les habitants de Maboya ont regagné  le village. Ils n’avaient que leurs yeux pour pleurer et constater les dégâts: une bonne partie du Centre de santé incendiée. Un malade péri dans l’incendie et cinq autres corps sans vie.

Toujours selon le prêtre, les assaillants chaussés de souliers en caoutchouc, portaient sur eux des Motorola qu’ils ont abandonnés sur le lieu du crime. Ils se sont ensuite enfuis, prenant la direction de l’Est de la paroisse, c’est-à-dire vers le Graben.

« Venus de 80 kilomètres, plus tard dans la journée, des éléments de la Police nationale congolaise (PNC), comme la population victime, n’a fait qu’à son tour  constater les dégâts matériels et humains. Les corps ont été rendus aux familles« , renchérit la source qui prend le soin de citer le curer de la paroisse Regina Pacis à Maboya.

« SITUATION SIMILAIRE A BENI, IRUMU… « 

L’insécurité à Maboya est loin d’être un cas isolé. « La situation est la même dans plusieurs autres localités du Nord-Kivu, à l’instar de Beni et d’Irumu. C’est le énième sabotage, le terrorisme« , enchaîne le prêtre. Il ajoute que la seule motivation des assaillants est de saboter pour ensuite tuer la population à petit feu.  

Dans un message de condoléances chrétiennes, adressé dans la journée d’hier aussi bien aux familles des victimes, à la congrégation religieuse de la victime qu’à l’ensemble de la population de Maboya, l’évêque du diocèse de Beni-Butembo, Mgr Melchisédech Sikuli a fermement condamné cette barbarie de trop dont l’horreur a franchi le seuil de l’intolérable. Aussi, a-t-il exprimé sa consternation pour cette attaque armée ayant pris pour cible le Centre de santé de référence de Maboya, une structure médicale du BDOM (Bureau diocésain des œuvres médicales).

Par ailleurs, Mgr Melchisédech Sikuli, cité par des sources sur place à Maboya, a déploré la mort tragique de la sœur docteur Marie-Sylvie Kavuka Vakatsuraki, de la congrégation des Petites Sœurs de la Présentation de Notre Dame au Temple de Beni Butembo.  

Quand bien même l’identité des assaillants reste encore à déterminer, des acteurs de la Société civile à Maboya, blanchis sous le harnais, affirment cependant que le mode opératoire est bel est bien celui des ADF-NALU, les fameux rebelles d’origine ougandaise, auteurs d’innombrables crimes contre l’humanité dans l’Est de la RD Congo.

L’ETAT DE SIEGE MIS A L’EPREUVE

Cette ixième ou énième attaque avec mort d’homme au Nord-Kivu, survient dans un contexte où la province est placée sous état de siège. Ce régime d’exception proclamé depuis début mai 2021, est au cœur d’une vive controverse qui n’a ni cesse ni fin. Selon que l’on soit du côté du Gouvernement, l’état de siège doit encore être maintenu aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Les deux provinces de l’Est du pays étant le théâtre d’une insécurité chronique, du fait de l’activisme des centains groupes armés locaux et étrangers dans la région.

Cependant, cette position officielle n’est pas du goût des députés tant nationaux que provinciaux originaires des deux provinces. Ces derniers n’ont de cesse de réclamer la levée de cet état de siège, estimant qu’il crée beaucoup plus de nouveaux problèmes de sécurité qu’il n’en résout. Certains parmi ces élus, soutiennent que le régime d’exception proclamé dans leurs provinces respectives, a empiré la situation sécuritaire et aggravé la misère des populations autochtones. Ils en veulent pour preuves, des séries de massacres des populations civiles, perpétrés parfois à quelques dizaines de mètres des positions des Forces loyalistes.

Au bas mot, ces différentes tueries remettent à la surface, la sempiternelle problématique de l’état de siège sur cette partie de l’immense territoire national congolais. Qu’en reste-t-il, dès lors que les populations civiles continuent à être la cible privilégiée de l’activisme des groupes armés ? La question est sur toutes les lèvres des élus du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Compte tenu de l’ampleur de la situation, particulièrement dans la province du Nord-Kivu, d’aucuns pensent que l’urgence de l’organisation de la table ronde annoncée sur l’état de siège, s’impose finalement. Au moins, cette réunion avec les différents acteurs aura le mérité d’évaluer sérieusement la situation sur le terrain pour lever les dernières optons. Renvoyer cette rencontre à plus tard, pourrait davantage exacerber les misères de ces populations civiles du Nord-Kivu et de l’Ituri qui dorment sans aucune certitude de se réveiller et qui se réveillent sans aucune garantie de terminer une journée en paix.

En rapport avec la situation dans le Nord-Kivu, le député provincial Saidi Balikwisha, élu de la chefferie des Bashu, cité par une source locale jointe au téléphone par Forum des As, sonne l’alerte. « Si rien n’est fait, les autres entités sur l’axe Beni-Butembo ne seront jamais à l’abri. Même jusqu’après ce forfait, les rebelles ont repris leur croisade de suicide, distribuant la mort à tous les civils croisés sur le chemin. En second lieu, Maboya comme beaucoup d’autres villages sur ce même tronçon routier, sont à la fois occupés par la Force loyaliste et les miliciens Mai-Mai en cantonnement à Kalunguta. Ce qui complique parfois les opérations« .

Par ailleurs, ce même député provincial estime que cette énième attaque est une occasion pour « rappeler au Gouvernement congolais l’impératif de mettre en pratique, sans atermoiement, le processus de DDRC pour que cette zone soit contrôlée entièrement par les Forces armées de la RD Congo (FARDC) et éviter toute confusion sur le plan stratégique dans l’attaque des forces du mal. » Grevisse KABREL et Dina BUHAKE

Laisser un commentaire

Suivez-nous sur Twitter