Election 2023 : La violence place son décor

Quiconque est passé hier lundi 17 octobre par la 11ème rue du quartier industriel de la commune de Limete, croirait assister à un film d’horreur, à la limite d’un film hollywoodien. Pourtant. Vers 14 heures, une vingtaine de jeunes gens, pour la plupart vêtus de polo blanc frappé de l’effigie d’un acteur politique, ont perturbé l’ordre public sur le petit boulevard, à l’entrée de la 11ème rue. Munis de longues machettes blanches neuves, ces derniers ont pris d’assaut un bâtiment nouvellement réhabilité, voisin du siège national du parti Les Progressistes.

N’ayant trouvé personne à leur arrivée, les assaillants, aiguisant leurs armes blanches sur la chaussée, ont usé d’un cocktail Molotov, pour tenter d’incendier le bâtiment. A petite flamme, le feu commençait déjà à brûler l’une des fenêtres de la façade de l’édifice à un étage. En même temps, certains parmi ces fauteurs de trouble en pleine journée sous un ciel ensoleillé, emportaient des biens meubles trouvés dans la parcelle, dont des chaises en plastic. D’autres, n’ayant rien trouvé, avaient simplement procédé à la casse, pour exprimer leur rage.

Aussitôt alertés, une dizaine de policiers sont arrivés sur les lieux pour tenter de dissuader ces bandits qui ont défié tout le monde. Mais en vain. Car, ces agents de l’ordre sont arrivés les mains nues et donc, incapables de tirer le moindre tir de sommation. Impuissants, tous observaient la scène, à l’égal des passants et autres passagers à bord de véhicules qui n’en croyaient pas leurs yeux.

Selon quelques informations glanées par Forum des As qui se trouvait sur place au moment des  faits, le bâtiment attaqué serait l’une des acquisitions de Jean-Marc Kabund, ancien 1er Premier président de l’Assemblée nationale qui avait démissionné de ses fonctions en janvier 2022, à la suite d’un conflit ouvert avec son ancien parti.

«C’est le siège de son parti», renseigne avec certitude un témoin sur place. Jusque tard la nuit, le mobile de cette expectative restait encore inconnu. Cependant, à en juger par la détermination et la hargne de ces jeunes gens, l’attaque avait l’aire d’une action criminelle préméditée. 

DES SIGNES DE MAUVAIS AUGURE?

Quand bien même les raisons de l’attaque resteraient encore à déterminer, doit-on dès lors penser à une intolérance politique ? S’agit-il aussi d’un acte de revanche à peine voilée?  En tout cas, tout y ressemble. Mais pour quelle finalité ?

Blanchis sous le harnais, nombre d’observateurs sur place hier à la 1ère rue, y sont allés de leur déduction. «C’est un très mauvais signe. Ces actes plantent déjà le décor des violences électorales. A une année des élections générales prévues en 2023, des scènes de ce genre sont de très mauvais augure. Ils sont l’expression de l’intolérance et de l’incivisme politique qui forment l’ADN  des militants de certains partis politiques de l’opposition croyant détenir le monopole de la violence et de la contestation», hurle  un passager à bord d’un taxi.

A priori, d’aucuns pensent que la situation aurait tourné au drame, si à leur descente sur le site, ces jeunes gens y avaient trouvé des personnes. Car, en plus des biens matériels emportés, on pourrait également déplorer des cas d’homicide volontaire. C’est-à-dire, des personnes tuées, charcutées à coup de machette dont on ramasserait de morceaux éparses de chair à même la chaussée du petit boulevard.

D’ores et déjà, ceux qui redoutent les violences électorales en RD Congo n’auraient peut tort. Ils fondent leur crainte, notamment  sur la situation qui a prévalu le vendredi 14 octobre à Lubumbashi, où des militants d’un parti politique se réclamant de l’opposition, ont tenté d’organiser une marche pour protester contre les propos d’Olivier Kamitatu, porte-parole de Moïse Katumbi, leader du parti Ensemble pour la république. En réalité, c’est l’ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga, très en froid avec l’Union  sacrée de la nation, qui était visée.

Selon des sources sur place à Lubumbashi, des militants des partis politiques alliés d’Ensemble pour la république, des partisans de Moïse Katumbi ainsi que des associations de la Société civile locale, avaient eux aussi, projeté de descendre dans la rue le même vendredi, afin de faire le contrepoids de la manifestation anti Katumbi. On peut donc imaginer la suite.

Devant cette situation implose, la maire de la ville de Lubumbashi, Lauriane Kalombo Mwewa, ne se serait donc pas prise autrement. Aussi, a-t-elle interdit les différentes marches pour préserver l’ordre public et la quiétude dans la capitale congolaise du cuivre. «Gouverner,  c’est prévoir. Et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte», conseille Emile de Girardin.

Tout bien considéré, les partis politiques endossent la lourde responsabilité d’enseigner le civisme politique à leurs différentes bases. Dans cette mouvance électorale, la tolérance, l’acception des opinions de l’autre, qui ne soit des injures faciles, reste le maître-mot afin d’éviter les violences pré et postélectorales. Car, personne ne saurait prétendre détenir le monopole de quoi que ce soit. La nature ne renseigne-t-elle pas que ceux que l’on considère comme ennemis, et donc plus faibles, peuvent se révéler plus forts.  «La méchanceté et la bêtise humaine est une arme redoutable que les faibles d’esprits utilisent pour se sentir supérieurs», jugeait Lume. Car, la violence engendre toujours la violence. Qu’on ne s’y méprenne ! Grevisse KABREL

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