« Massacre  » de Kwamouth : Muzito propose la titrisation des terres

*Le Premier ministre honoraire appelle à distinguer le domaine de l’Etat de celui de la communauté locale, et à faire respecter via une loi spécifique les droits des propriétaires terriens.

La situation est toujours préoccupante dans le territoire de Kwamouth, dans la province du Mai-Ndombe, où les affrontements intercommunautaires opposent Yaka et Teke depuis plusieurs mois, non sans dégats. Rentré d’une tournée dans « cet enfer « , Adolphe Muzito rend compte, au cours d’une conférence de presse qu’il a animée hier jeudi 22 septembre à Kinshasa, de ce qu’il a vu, entendu et senti sur place. Pas seulement. Le leader de Nouvel Elan propose aussi quelques pistes de solutions pour juguler cette crise qui a vu des villages entiers être désertés par leurs habitants.

« En prenant la décision de me rendre personnellement à Kwamouth, j’ai voulu, en dehors des informations diverses reçues par les médias, les réseaux sociaux et d’autres sources indirectes, voir, entendre, sentir moi-même la réalité de terrain « , raconte le Premier ministre honoraire à la presse.

Adolphe Muzito explique que par sa présence, il a voulu apporter un soutien moral et matériel à la population de Kwamouth qu’il a rencontrée tout le long de son parcours. Cet objectif de soutien moral et matériel, dit-il, a déterminé le choix de son itinéraire, car au départ de la capitale, le leader de Nouvel Elan avait le choix d’emprunter la voie fluviale et débouler directement dans la Cité de Kwamouth, ou alors prendre la route.

Cette dernière option s’impose à l’ancien Premier ministre  et se révèle la bonne, d’après lui, car voyager par route lui a permis de « prendre la pleine mesure de ce qui est appelé conflit Teke-Yaka « , indique-t-il.

Ainsi, sur cet itinéraire de plus ou moins 300 km, Adolphe Muzito dit avoir pu se rendre compte de la réalité suivante :  » une situation humanitaire préoccupante avec plus d’une centaine de morts ; plusieurs villages incendiés à 80% ; des milliers des déplacés concentrés dans des refuges  de fortune ; des écoles brûlées et des enseignants et élèves en déshérence ; une insécurité permanente ; des champs abandonnés et des récoltes incertaines… « 

En dépit de différents témoignages, de récits de plusieurs acteurs de terrain, l’ancien Premier ministre affirme qu’  » il n’est pas évident de dire avec précision ce qui a conduit à la situation que nous déplorons « .

UNE MAIN NOIRE ?

Il relève toutefois deux faits présentés comme étant la cause de ce qui est aujourd’hui  » massacres de Kwamouth « , à savoir :  »  la redevance coutumière due aux Teke par les exploitants Yaka  et l’installation d’un chef Yaka sur une terre Teke « . Même alors, pour Adolphe Muzito, ces deux faits ne suffisent pas à justifier ces violences qui embrasent des dizaines de villages. Sur la foi de plusieurs sources locales, il y aurait des forces souterraines qui agitent les acteurs. Et, ceux qui les tuent ne sont pas toujours les leurs, parce que Teke et Yaka vivent en harmonie depuis des siècles.

Adolphe Muzito fait savoir que sur ces terres de Kwamouth, il y a des acteurs qui ne sont ni Teke ni Yaka, parce que dit Muzito, les nombreux exploitants des fermes et champs, ne sont pas seulement Teke et Yaka.  Adolphe Muzito explique que quand on dit  » Yaka « , il faut entendre toutes les autres communautés du Congo qui ne sont pas Teke. Des informations de terrain, rapporte Muzito font ainsi état de la présence des personnes  » étranges  » ou étrangères, notamment des  » Mbororo « . Mais pour ne les avoir pas vus, dit Muzito,  » je ne peux confirmer leur présence. Mais cela ne me permet pas d’affirmer qu’ils n’existent pas « .

Solutions de sortie de crise

Après ce qu’il a vu et entendu sur terrain, Adolphe Muzito fait des propositions qui s’articulent autour de quatre problèmes.

D’abord la problématique humanitaire. Selon Muzito, les déplacés mourraient. Les villages par où ils passaient n’avaient pas de nourritures, parce brûlés, les populations n’allant plus aux travaux des champs, ils n’avaient pas de quoi leur donner à manger.

Le Premier ministre honoraire demande au Gouvernement d’envoyer très rapidement des kits alimentaires à Kwamouth. L’Exécutif, dit Muzito, doit intervenir très rapidement pour aider les paysans à réhabiliter leurs maisons. Et pour cela suggère l’envoi d’un petit kit de 500 voire 1000 dollars pour leur permettre de réhabiliter très rapidement leurs logis et commencer à aller aux champs. 

Cela suppose sur le plan sécuritaire aussi qu’on renforce la sécurité à partir de Kinshasa et de la province du Maindombe, peut-être même du Kwilu et du Kwango, fait savoir Muzito.

Sur le plan judiciaire, le leader de Nouvel Elan appelle à identifier des criminels, les renvoyer devant la justice où ils doivent être sanctionnés pour donner l’exemple.

 » Sur le plan légal, je voudrais qu’on procède à la titrisation des terres en distinguant les terres de l’Etat de terres des communautés locales qui seront elles soumises à une loi spécifique qui permette que les droits  des propriétaires  terriens soient respectés « , propose Adolphe Muzito.

Ce n’est pas tout. L’ancien Premier ministre suggère que l’on réglemente aussi la redevance  ancestrale. La formaliser soit par le gouvernement central soit par le pouvoir provincial de manière à ce que les droits des propriétaires terriens soient respectés quand ils revendiquent leurs redevances auprès des exploitants. « Mais cela suppose qu’en réglementant on doit fixer le montant qui sera tiré du consensus ou des discussions entre les propriétaires terriens et les exploitants.« 

Adolphe Muzito estime que grâce à la titrisation et à la distinction entre les terres traditionnelles ou ancestrales et les terres de l’Etat, que dans les communautés locales les terres soient soumises à un ordonnancement de type coutumier afin qu’il soit reconnu aux communautés locales de dire non à chaque fois que quelqu’un qui n’est pas de leur est investi suivant une procédure qui n’obéit pas à leur ordonnancement. C’est-à-dire que les chefs coutumiers n’acceptent pas qu’il y ait des autorités coutumières qui échappent à leur lignage et qui viennent régenter une société  ou des terres qui ne sont pas les leurs.

Pour finir, Muzito insiste également sur le plan économique pour qu’on réhabilite certaines routes non seulement pour aider la population à faire des mouvements économiques très rapidement parce qu’ils sont les greniers de la capitale, mais aussi Kinshasa se fasse approvisionner dans de meilleures conditions en réduisant le coût de transport de Maluku à Kinshasa. Didier KEBONGO

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