S’unir ou disparaitre

Un thème domine actuellement le débat politique congolais. Celui de l’agression de notre pays par le Rwanda de Paul Kagame, à travers les attaques de son instrument, à savoir, le M23.

Comme d’habitude en République Démocratique du Congo les échanges autour de cette question cruciale, voire vitale se laissent parasiter et même phagocyter par des sujets et contradictions de politique interne. Il est important de dénoncer, avec la plus grande énergie, cette naïveté quasi infantile.

Face au danger qui guette la survie de la République, le renforcement de l’unité nationale demeure le socle  qu’il faut solidifier davantage. C’est sur cette fondation que viendront s’ancrer tous les autres éléments de nos actions  de consolidation de la cohésion nationale et de défense de la patrie. Or le débat actuellement en cours dans la presse écrite, sur les chaînes de télévision, autant que sur les réseaux sociaux étale, au  nom d’une démocratie mal assimilée, toutes nos fragilités.

Sortir de la naïveté.

Pour beaucoup de nos prétendus intello-débateurs, la condition pour combattre le projet de Paul Kagame de s’emparer de  certains de nos territoires du Kivu, est d’abord d’exclure du débat politique leurs adversaires internes. Quelle erreur ! L’animosité à l’égard du voisin-concurrent empêche nos communicants de comprendre que cette exigence  d’exclusion affaiblit gravement les moyens de la République. C’est à croire que ce piège, consistant à nous diviser, à nous éparpiller, à distraire nos esprits a aussi été conçu et élaboré dans les officines de Kigali ! Ceux qui s’intéressent, un tant soit peu, à la chose politique connaissent la portée de l’adage « Diviser pour mieux régner« . Les plus informés en matière de sécurité n’ignorent ni les vertus ni les ravages des politiques de diversion de tout ou partie de l’opinion publique  adverse.

Le comble dans notre situation est que cette attitude irresponsable ne se cantonne pas dans un camp politique particulier. De tous les côtés de l’échiquier, le processus de division, d’autodestruction, donc d’affaiblissement s’installe et progresse à toute allure. Ici on insiste pour accuser ceux qui auraient amené les Rwandais, là-bas on fustige ceux qui avant-hier les visitaient, les encourageaient et les applaudissaient et hier encore les qualifiaient de frères.

Si nous voulons sauver la RD Congo, il faut sortir de ce débat malsain. La seule vérité historiquement démontrée est que les Rwandais, toutes tendances confondues, avec ou sans Paul Kagame, cherchent depuis longtemps à occuper des portions importantes de notre territoire. Ceci notamment en raison de l’incontestable pression démographique  qui sévit chez eux.  L’ancien conseiller spécial du Maréchal Mobutu, Honoré Nganda l’explique très clairement dans son ouvrage intitulé: « Ainsi sonne le glas« . 

Le Rwanda a un objectif connu.

Quant au fond, c’est-à-dire à l’objectif poursuivi, il convient de noter qu’en dehors de la violence des armes, l’intrusion estampillée M23  de 2022 ne présente aucune nouveauté, par rapport aux  innombrables traversées clandestines et massives de l’époque « Mobutu-Habyarimana« . En effet le but est demeuré inchangé. Pour ce qui est de l’agression de 1996, que Mzee Laurent-Désiré Kabila aura eu la fine sagesse stratégique de transformer en marche de libération ; elle visait clairement ce que le Président Pasteur Bizimungu affirmera quelques semaines après le lancement des hostilités ; la remise en cause des frontières tracées à Berlin en 1884-85.

Aucun des épisodes, qui viendront plus tard, qu’ils relèvent de la diplomatie, du commerce, des investissements, de la manipulation des politiciens congolais, de l’entretien des antagonismes communautaires ou des interventions quasi-directes sous le couvert des  groupes tels que le  RCD, le CNDP ou le M23, ne déroge de cet objectif invariable de la politique rwandaise de trouver un espace vital et riche, sur nos terres, pour sa nombreuse population.

De plus, une analyse succincte de la communication politique de Kigali pourra également nous éclairer :

–      Interrogeons-nous pour savoir pourquoi les alliés occidentaux de Kigali s’évertuent à  présenter la dictature sanguinaire du Rwanda comme un système d’ordre et  de progrès ;  et à donner de toutes nos élites politiques congolaises l’image des personnes incapables de s’entendre sur le minimum nécessaire à la construction d’un Etat moderne ?

–      Pourquoi le Rwanda s’acharne à être partie prenante de plusieurs forces de maintien de la paix à travers le monde (Centre Afrique, Somalie, Mozambique etc.)  ?

–      Pourquoi Kigali a voulu prendre le Secrétariat Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, alors qu’il a un nombre  dérisoire de locuteurs  de la langue française ?

–      Avons-nous analysé la campagne « Visit Rwanda« , présente  lors des grandes rencontres de football, donc visible dans le monde entier par la magie de la télévision ? Cette action ne vise pas que les touristes.

–      Pourquoi nombre d’entreprises désireuses de travailler avec la RDC, s’installent au Rwanda voisin?

Ayant identifié et  défini  l’adversaire et saisi ses motivations de guerre, il devient plus aisé pour nous de comprendre sa stratégie et ses tactiques.

Connaitre la stratégie de l’adversaire.

En fait, la stratégie de  Paul Kagame consiste à donner de lui-même, de son régime et de son pays une image de sérieux, de compétence, d’une Nation hier divisée entre Hutu et Tutsis, tous victimes, ayant su se relever après le génocide et qui désormais, unie, forte et organisée, mériterait d’agrandir son espace vital pour le bien de l’humanité. Pour ce qui concerne le pays qu’il veut conquérir, c’est à dire la RDC, il s’efforce de le diviser, de le mépriser et de salir son image à l’extérieur. Malheureusement, beaucoup trop d’entre nous se prêtent  inconsciemment à son jeu.

A ce stade, posons-nous quelques questions basiques.

Que viendra changer dans cette guerre, la farouche volonté, de certains, de convaincre  l’opinion nationale que c’est l’AFDL qui ouvrit la porte de la RDC aux Rwandais? Ceci est non seulement inexact, mais parfaitement inopportun. Qu’apporte à nos forces armées le fait de répéter, à tout bout de champ, que le Président actuel avait qualifié Paul Kagame de frère, de diffuser à répétition,  sur le web, la photo sur laquelle le Président Tshisekedi tient la main de Kagame, ou d’autres images du genre ?

Ouvrir les yeux, renforcer l’unité.

Cette faiblesse humaine, transformée en manie congolaise, de toujours rechercher les  causes des malheurs, les fautes et faiblesses chez l’adversaire politique, réduit en bouc émissaire, ne nous avantage en rien. Bien au contraire, elle nous divise à un moment de l’histoire où l’unité devait être la règle d’or. Confions  à l’histoire le soin de juger de nos actes d’hier. Ce qu’il faut, face à l’agression rwandaise et au réel danger de la dislocation du pays, c’est unir nos intelligences et nos forces afin de mettre l’ennemi hors d’état de nuire, gagner la guerre, sauvegarder l’intégrité territoriale,  consolider la Nation et travailler à son développement.

Dans ces conditions et à la lumière de la position, plus que limpide, exprimée par la Président Félix Tshisekedi Tshilombo, dimanche 5 juin, lors de son voyage à Oyo au Congo-Brazza, la seule voie de la raison  patriotique qui reste aux nationalistes et progressistes consiste à mettre de côté les querelles et chamailleries pour résolument apporter un appui conséquent à la détermination du Gouvernement.

A quelques jours de la commémoration du 30 Juin ; rappelons-nous  l’historique unité affichée par nos pères de l’indépendance, à la Table ronde de Bruxelles, dans le cadre du Front Commun. Le chanteur Joseph Kabasele immortalisera cet exploit politique dans la fameuse chanson « Indépendance cha-cha » : Bayokani moto moko ! Cet acte glorieux s’était avéré determinant dans la victoire de 1960. L’homme sage n’abandonne pas les principes qui permettent de gagner, la Nation en danger ne saurait agir différemment.

Nous sommes réellement sur une autoroute à deux voies, s’unir ou disparaitre, quelle sortie choisissons-nous? Jean Pierre Kambila Kankwende wa Mpunga

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