Matadi-Kibala : une tragédie pourtant évitable !

* 26 morts à Kinshasa, une cinquantaine de personnes tuées à l’arme blanche dans un camp de déplacés à Djugu…Vivement un deuil national.

Décor macabre hier mercredi 2 février à Matadi-Kibala. Ce marché, situé dans la commune de Mont-Ngafula à Kinshasa, a offert autre chose à ses marchands, que ses traditionnelles gammes de produits agricoles en provenance du Kongo Central. Vingt-six personnes, dont 24 femmes, sont mortes électrocutées tôt dans la matinée. Pendant plusieurs heures, le site a été transformé en un funérarium de fortune en plein air.

Selon un communiqué de la Société nationale d’électricité (SNEL), publié quelques heures après, une coupure de câble haute tension du courant électrique, a été à la base de cette tragédie qui  a plongé toute la ville de Kinshasa dans l’émoi et la consternation.

« Lors  de la grande  pluie qui s’est abattue le matin de ce mercredi  02 février 2022 sur la ville, il est survenu un coup de foudre qui a sectionné un conducteur de phase sous-tension, lequel est malheureusement tombé sur le marché de Matadi-Kibala se situant dans la servitude des lignes de transport de SNEL S.A« , précise cette société étatique de fourniture du courant électrique, dans son communiqué.

Une vidéo prise avec des téléphones portables, montre des corps inertes gisant au bord d’un caniveau non couvert, transformé en un ruisseau. A en croire des témoignages sur place, la partie du fil conducteur qui avait encore la charge électrique en provenance du barrage hydroélectrique d’Inga, dans la province du Kongo-Central, était tombée dans les eaux dudit caniveau. Ce qui a conduit à l’électrocution des vingt-six victimes, dès lors qu’elles marchaient sur les eaux sales répandant la décharge électrique

UNE TRAGEDIE EVITABLE

Aussitôt informés, plusieurs dirigeants du pays à Kinshasa, ont déploré ce sinistre (de trop ?), avant d’exprimer leur compassion aux familles éplorées. Cas du Président Félix Tshisekedi qui, par un message publié dans son compte Twitter, a salué la mémoire des victimes et instruit les responsables compétents à apporter toute l’assistance nécessaire aux proches des personnes décédées.

« Des femmes et des hommes ont perdu la vie par électrocution ce matin dans un terrible accident au marché de Matadi Kibala, suite à la section du conducteur de phase causée par les intempéries. Je partage la douleur immense des familles. Mes pensées accompagnent aussi tous les blessés« , a réagi le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde, sur ses comptes virtuels, après qu’il s’est rendu sur le lieu de la tragédie.

Aussi, le premier des « Warriors » a-t-il  instruit les ministres sectoriels et le Gouverneur de la ville de Kinshasa, à prendre en charge les victimes et de tirer au clair les circonstances de ce drame qui a endeuillé la ville. Le Chef de l’Exécutif provincial, Gentiny Ngobila, qui a également effectué le déplacement pour Matadi-Kibala, a annoncé une  prise en charge des obsèques des victimes par le Gouvernorat de Kinshasa.

Que vingt-six personnes meurent par électrocution, l’heure ne doit plus être au procès des victimes. Plutôt, à celui de l’action des dirigeants congolais à quelque niveau de responsabilité. Si par sa nature, un sinistre est compris comme un événement brusque et inattendu, il existe cependant, des situations que l’on peut éviter par la prévention. C’est le cas de la tragédie survenue hier au marché Matadi-Kibala.

Comment peut-on comprendre que les responsables de la ville, commençant par le bourgmestre de la commune de Mont-Ngafula, ont regardé impuissant et pendant plusieurs années, ces marchands qui ont occupé la servitude de la Snel, sans pour  autant prendre des mesures coercitives idoines. Par exemple, utiliser la force pour sommer les vendeurs à décamper.

Ouvrir des enquêtes pour établir  les responsabilités dans cette tragédie? Cela procède d’un rituel protocolaire. Car ? il y en a eu plusieurs annoncées avec fracas dans la ville de Kinshasa, et même dans le reste du pays, mais qui n’ont jamais abouti. Que des recherches soient entreprises pour déterminer les circonstances du sinistre de Matadi-Kibala, plus d’un Kinois pense que là n’est pas le sujet.

L’ABSENCE D’UNE POLITIQUE PREVENTIVE

« Gouverner, c’est prévoir et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte« ; jugeait Emile de Girardin. Aujourd’hui, on parle de Matadi-Kibala parce qu’il y a eu des morts. Cependant, une simple promenade de santé dans la ville de Kinshasa suffit pour constater qu’il existe plusieurs quartiers de la capitale congolaise où les habitants s’exposent  à une catastrophe éventuelle.

Dans la commune de Limete, en allant vers les rails, plus rien n’étonne de voir des maisons parfois de plusieurs étages, construites juste à côté des pylônes de la Snel. Que dire de toutes les constructions qui jouxtent les différentes lignes de chemin de fer de l’ex-Onatra, à la nonchalance totale aussi bien des membres sectoriels du Gouvernement central que des dirigeants de la ville ? Que dire également de toutes ces populations riveraines ayant régulièrement acquis des titres fonciers sur des sites réputés à très haut risque ?

De l’avis de nombreux Congolais en colère, la tragédie de Matadi-Kibala est considérée comme étant la conséquence de l’absence d’une politique de prévention. Certes, au cours de sa dernière réunion du Conseil des ministres du vendredi 24 janvier dernier, le Gouvernement avait levé l’option de délocaliser ce « Wenze« , au motif que les commerçants s’exposaient aux accidents de route. Il s’avère, cependant, que rien de concret n’a encore été fait sur le site, depuis l’annonce de la décision sus-évoquée  du Gouvernement central. « Entre le dire et le faire, y a la mer au milieu », chantait le célèbre artiste français, Gérard Lanvin.

Tout bien considéré, le mercredi 2 février aura été une journée noire en RD Congo. Car, en plus des 26 morts de Matadi-Kibala, une cinquantaine de personnes dont des femmes et des enfants, selon la société civile de l’Ituri, ont été tuées à l’arme blanche, dans la nuit du mardi  au mercredi 3 février,  par la milice CODECO, dans un camp de déplacés de Plaine Savo, dans la chefferie de Bahemaa Badjere, en territoire de Djugu.

S’ajoutent à cela, plusieurs autres personnes mortes dans un accident de route au courant de la même journée d’hier mercredi à Kinshasa mais dont on a parlé que très peu. De l’avis de nombreux Kinois, le cumul du nombre de toutes les victimes impose un deuil national. Grevisse KABREL et Kléber KUNGU

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