Adolphe Muzito conseille
un partenariat win-win

«Ce n’est qu’avec la RDC que l’Occident peut doubler son PIB», soutient le président du parti Nouvel Elan dans une conférence de presse hier dans la capitale belge.

A 48 heures du sixième Sommet Union européenne-Union africaine, prévu du 17 au 18 février courant à Bruxelles, Adolphe Muzito donne de la voix. «Ce n’est qu’avec la RD Congo que l’Occident peut prétendre réduire son chômage, doubler son produit intérieur brut (PIB) et améliorer le pouvoir d’achat de sa population», déclare-t-il au cours d’une conférence de presse, hier mardi à Bruxelles.

 D’ores et déjà, l’opposant congolais qui soutient cette rencontre, plaide pour un partenariat gagnant-gagnant, gage d’un développement commun. Ce Premier ministre honoraire de la RD Congo espère qu’au cours de cette grand messe intercontinentale, «les dirigeants africains et européens vont débattre de thématiques liées à de  vraies réformes, mettre fin aux dictatures…de manière à ce que le continent africain ait petit à petit des institutions stables et des Etats sécurisés. «A ce moment là, le développement sera possible», ponctue Adolphe Muzito.

«Il est difficile de dire qu’à l’issue de ce sommet, nous sortirons gagnants ou perdants. Nous devons prendre des précautions. Il faut des réformes, des financements, l’identification des projets à financer pour qu’il y ait une cohérence entre les projets à financer et la nature des ressources. Nous pourrions avoir des financements des Etats. Moi, je préfère même que les Etats européens s’endettent eux-mêmes pour venir investir au Congo. La Belgique a 500 milliards d’euros du PIB, mais elle est surendettée. Si l’Etat belge doit s’endetter pour lui-même pour financer son développement, retrouver la croissance, réduire le chômage, mais rapporte-t-il en termes de rentabilité, par exemple 100€ investis en Belgique pour lequel elle devra payer 5 ou 6% ? Je trouve que le taux de rentabilité est faible parce que même si l’offre peut-être créée, mais la croissance est faible parce qu’il y a un problème de marché, l’Occident étant saturé. Mais nous, nous avons un taux de rentabilité très élevé autour de 25% même  si l’argent coûte cher ? chez nous…En termes de capacités de rééquilibrer les comptes,  réduire le chômage, je crois que ce n’est qu’avec le Congo que la Belgique ou l’Occident de manière générale, peut réduire son chômage, doubler son PIB, améliorer le pouvoir d’achat de sa population parce qu’en  RD Congo, nous avons toutes les richesses naturelles, les bouches à nourrir», postule-t-il.

Adolphe Muzito croit donc dur comme fer, qu’il suffit de créer la richesse pour qu’en redistribuant, il y ait des demandeurs  et l’Occident va générer plus de ressources. «Mais cela suppose aussi qu’on améliore la gouvernance, qu’on mette fin à l’insécurité», renchérit Adolphe Muzito.

DES ATTENTES D’UN SOMMET

Que peut-on attendre du partenariat UE-UA à l’horizon 2023? Selon Adolphe Muzito, la réponse à cette question dépendra du gap entre les opportunités que referment les deux continents et les contraintes qui gangrènent leurs économies et leurs relations.

En ce qui concerne les opportunités, le leader de Nouvel’ Elan part du constat que l’Europe est géographiquement et historiquement le partenaire naturel de l’Afrique. Il souligne que ce partenariat revêt un caractère complémentaire pour les deux continents. «Ce que l’Europe n’a pas, l’Afrique l’a et ce que l’Afrique n’a pas, l’Europe l’a», poursuit  Muzito.

Et d’ajouter : «Si dans ce partenariat l’Europe peut apporter son savoir-faire technologique et sa capacité financière, l’Afrique apporte la vitalité de la jeunesse de sa population, ses espaces naturels encore vierges, ses nombreuses ressources naturelles, son faible taux d’endettement et son potentiel de résilience contre le réchauffement de la planète».

Se fiant aux données chiffrées fournies par le site http//www.insee.fr/fr/statistique, Adolphe Muzito fait remarquer que l’Afrique a une population de 1,5 milliards d’habitants. Soit, 3 fois supérieure à celle de l’Europe estimée à 450 millions d’habitants. Qui plus est, la population africaine est plus jeune, avec 96,5% de personnes de moins de 65 ans en 2020. Cette tranche d’âge représente 80,9% pour la même période en Europe. «Avec une population jeune, de plus en plus instruite et en croissance, l’Afrique apporte cette richesse humaine dans le partenariat», renchérit-il.

Toujours dans ce même registre d’opportunités, le conférencier de Bruxelles signale que l’Union européenne à elle seule, a un Produit intérieur brut (PIB) de 15.000,00 milliards d’euros en 2020, alors que pour la même année, le PIB de toute l’Afrique réunie a été de 2.000,00 milliards d’euros. Dès lors, il apparait à la lumière de ces données que l’Europe a un PIB  7 fois supérieur à celui de l’Afrique. Par conséquent, elle peut apporter son accompagnement financier au partenariat Afrique-Europe.

100€ CONTRE 4,10 € PAR JOUR

Que l’Europe ait un PIB sept fois supérieur à celui de l’Afrique, cela se ressent dans le vécu de sa population. Ici, Adolphe Muzito atteste qu’un Européen vit avec 100€ par jour contre 4,10 € pour un Africain. Pis, un Congolais de Kinshasa ne vit qu’avec 1,30€. Soit, en dessous du seuil de pauvreté fixé à 2,00$us.

«Pendant que le continent européen a eu un PIB de 15.000,00 milliards d’euros en 2020, la somme de sa dette se chiffrait à 13.500,00 milliards d’euros. Soit, un taux d’endettement de 90%¨de son PIB. Pendant la même période, l’Afrique a un PIB de 2.000,00 milliards d’euros et une dette de 1.400,00 milliards d’euros. Ce qui représente un taux d’endettement de 70% du PIB du continent noir», explique Adolphe Muzito.

 En ce qui concerne la RD Congo, son PIB est de 55 milliards de dollars et sa dette de 5,5 milliards de dollars américains. Soit, un taux d’endettement de 10% de son PIB. «Moins endettée, l’Afrique devrait théoriquement attirer plus de bailleurs des fonds que l’Europe et n’aurait pas besoin du Sommet UE-UA en perspective», souligne Muzito au cours de sa conférence de presse.

Au chapitre de savoir-faire, le Premier ministre du second Gouvernement de la IIIème République (octobre 2008-mars 2012) reconnait, non sans honnêteté scientifique, que l’Europe a une expertise scientifique et technologique irréfutable qu’elle peut apporter dans la construction du partenariat gagnant-gagnant, Afrique-Europe, ajoutant que l’Afrique a encore besoin de ce savoir-faire européen.

Dans ce nouveau deal «Win-win», l’Afrique qui regorge de beaucoup de minerais et de bois recherchés dans le monde, a aussi son mot à dire. Dire aussi que dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, il est prévu d’arrêter à terme, l’usage des véhicules à moteurs thermiques utilisant des énergies fossiles responsables des émissions des gaz à effets de serre (CO2), pour basculer vers des véhicules électriques.

Dans cette trouvaille à la fois scientifique et technologique de l’Europe, Adolphe Muzito souligne que l’Afrique a un important rôle à jouer, dès lors que le continent détient les plus grands gisements des métaux bien connus  de nos jours et qui entrent, aussi bien  dans la fabrication des batteries (cobalt, lithium) que la production de l’hydrogène (platine et nickel). Ici, l’orateur met en exergue le cas spécifique de la RD Congo dont le sous-sol regorge de plusieurs ressources minières tant prisées sur le marché mondial.

En ce qui concerne le cobalt, par exemple, les données disponibles attestent que la RD Congo a eu des réserves en tonnes de 8.700.000 en 2011, sur les 9.500.000 tonnes que représentent les réserves mondiales. Ce qui hisse le pays au 1er rang mondial des  pays producteurs du cobalt. Dire que la RD Congo occupe la même position en ce qui concerne la production des carats de diamant, avec des réserves de 148.400.000 tonnes sur les 1.247.000.000 des réserves mondiales.

DES CONTRAINTES

De part et d’autre, existent des contraintes que ne nul ne saurait prétendre ignorer. En ce qui concerne les pays européens, Adolphe Muzito note que les principales contraintes sont, entre autres, le caractère fédéral des Etats, la loi de capitalisme du marché et la division internationale du marché.

Quant aux pays africains, l’orateur note six contraintes majeures. A savoir, l’illégitimité des institutions qui limitent l’adhésion des populations aux projets initiés par les dirigeants et leurs partenaires,  l’instabilité des institutions ainsi que l’insécurité; les faiblesses des administrations publiques, le système judiciaire non indépendant et la corruption qui gangrènent tous les pouvoirs publics. S’ajoutent à cela, le délabrement ou l’inexistence des infrastructures routières, énergétiques, la faiblesse des budgets d’investissements et des systèmes bancaires dépourvus de crédit,  le climat des affaires défavorable aux investissements tant publics que privés.

Selon Adolphe Muzito, la dernière contrainte à relever est celle qui caractérise le partenariat UE-UA, consistant à assigner aux pays africains le rôle de réservoir des matières premières pour les économies occidentales et de débouchés pour leurs produits finis. A la place, conseille-t-il, les deux parties doivent s’inscrire dans un partenariat gagnant-gagnant pour un développement commun.  

S’agissant particulièrement de la RD Congo, l’opposant au régime de Félix Tshisekedi note que les principaux défis à affronter sont, essentiellement, l’illégitimité des dirigeants actuels du pays, en conflit avec le peuple qui, dans sa grande majorité, ne se reconnait pas dans le pouvoir en place et n’adhère pas à son action. A cela, Muzito ajoute l’insécurité et l’instabilité régnant, provoquant ainsi la méfiance des investisseurs, la faible représentativité des partis politiques, incapables de faire le contrepoids face à l’incitation à la haine ethnique qui sape la cohésion nationale, la séparation et l’indépendance des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire non garantie, le climat des affaires pollué par une administration centrale et territoriale tracassière.

Grevisse KABREL

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