Luc Mayemba : dessinateur, peintre, tatoueur… et musicien

Dans le tout récent catalogue de Caricakin, le nouveau réseau des caricaturistes de Kinshasa, Luc Mayemba s’est trouvé une niche confortable. Entreprenant, cet artiste au crayon alerte a été sélectionné parmi une dizaine de talents latents qui n’attendaient que l’occasion d’être boostés.

Polysémique, ce dessinateur, à la fois peintre, tatoueur, musicien, est à l’affiche de ce catalogue produit le mois dernier, après la toute première exposition de Caricakin, tenue du 6 au 8 décembre 2021 au Musée national de la République démocratique du Congo, à Kinshasa.

Promu par l’Association des dessinateurs de presse (ADEP/RDC), ce projet bénéficie du concours de la fondation allemande Friedrich – Ebert – Stiftung. C’est d’ailleurs à travers cette initiative que les passionnés de la caricature ont découvert le crayon de Luc Mayemba.     

Un artiste taquin

Originaire du Kongo central, fils d’un artisan doué dans la conception et la réalisation des mobiliers, « Mfumu Kaka » (chef qui naît et renaît comme un shynx, en kikongo, NDLR), comme le surnomment ses proches, baigne dans l’univers des artistes comme jadis Obélix dans la potion magique.

Cheveux hérissés, barbes conquérantes, tatouages jalonnant les bras, jeans bardés de fentes, Luc Mayemba a le sang chaud. Eveillé, taquin, ce Kinois au regard vif a l’humour du bout des lèvres et plein d’histoires à raconter. Dans son entourage, il est courant de surprendre ses compagnons dans le fou rire.

« J’aime beaucoup le défi »

« Je suis mundibu, originaire de cette tribu du Kongo central où les gens sont vaillants, entrepreneurs, combatifs, frondeurs« , se targue « Mfumu kaka« . « Pas étonnant que j’aie pratiqué la boxe, car j’aime beaucoup le défi. Je me plais ainsi à me défendre et défendre les autres, convaincu que la vie est un combat« , nous confie cet artiste mince et élancé,  frôlant le 1m,90.

Né le 4 juin 1989 à Kinshasa, fils du regretté Joseph Mayemba – un entrepreneur doublé d’artiste – et de Célestine Bitshilualua, une ménagère,  Luc Mayemba est cadet d’une famille de quatre garçons. Très proche de sa mère qui le couvait souvent du vivant de son père, qui ne supportait pas voir des enfants troubler sa quiétude, il en a fait une confidente. « Avec mon père, relate Luc, on était devenu proche que quand j’ai commencé à gagner des marchés d’art« .

C’est probablement au regard de ce climat que « Mfumu kaka » s’est plus rapproché des amis. Que ce soit à l’Académie des Beaux-arts où il a habité dans son jeune âge pendant une dizaine d’années ou sur l’avenue Bolobo n°24, le toit parental, dans la commune de Kinshasa. C’est dans ce milieu que cet autodidacte, ancien élève de l’Institut des Beaux-arts a appris à peindre. Et sur papier, et sur toile, et sur les façades des murs, et même sur le corps.

Une carrière précoce

Avec ses frères et cousins sculpteurs, Luc Mayemba a transformé la résidence familiale en une galerie d’art, parsemée de sculptures et revêtue de graffitis. Ceux qui décèlent ses talents accourent pour s’y faire tatouer ou commander des toiles, si ce n’est des planches de bandes dessinées.

Très entreprenant,  Luc Mayemba expose ses planches pour la première fois en 2004, à l’initiative du dessinateur Barly Baruti, lors du festival « Lire en fête« , alors qu’il n’était encore qu’élève au collège Bosembo. L’appétit venant en mangeant, l’artiste précoce expose au Musée international des arts modernes (MIAM). Ses planches de BD sont diffusées dans  »Kinshasa chroniques », un catalogue diffusé en 2018, et dans « Nous sommes le futur« .

Et lorsqu’en juin 2021, il participe au concours de Caricakin, le voilà retenu pour des ateliers d’initiation au dessin de presse au Jardin botanique de Kinshasa.  Il a, une fois de plus, l’occasion de participer à une exposition collective et de paraître dans un catalogue des caricaturistes de la nouvelle génération.

Yves KALIKAT

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