La CEDEAO disqualifiée par la pléthore de coups d’Etat

Enième putsch des jeunes colonels lundi dernier au Burkina Faso – le pays des hommes intègres- dans l’espace de l’organisation économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce coup d’Etat contre le Président de la République démocratiquement élu Rock-Marc Kabore qui vient s’ajouter aux plus récents notamment en Guinée contre Alpha Conde et au Mali contre Ibrahim Boubacar Keita, tout aussi démocratiquement élus.

La constance de ces putschs des jeunes colonels, c’est qu’ils sont dirigés soit contre des présidents de  » 3ème mandat « , soit en cours de mandature mais dont les pouvoirs excellant dans des répressions  des manifestations publiques dans le sang et en restreignant toutes les voies d’expressions constitutionnelles. Et, là la CEDEAO n’intervient jamais pour rappeler ces dirigeants à l’ordre. Elle laisse faire. Sans savoir que ce faisant, elle fait le lit des coups d’Etat de l’armée qui en profite pour faire intrusion en politique où elle n’a pas de place.

Les deux chefs de l’Etat de la CEDEAO de  » 3ème mandat  » qui font tête à cette organisation, c’est le Guinéen Alpha Condé  (83 ans) et l’Ivoirien Allasane Ouatarra. Le premier balayé et arrêté dans l’humiliation, torse nu,  par la junte du colonel Dumbuya. Mais avant d’en arriver là, il y avait d’abord eu son coup de force constitutionnel pour le troisième  mandat qui avait entraîné des manifestations publiques, gigantesques chaque jour dans tout le pays et réprimées  dans le sang. Pas un seul mot du côté de la CEDEAO qui a joué au protecteur d’Alpha Condé que ses propres concitoyens qualifient de « massacreur de la démocratie« . Mais lorsque le colonel Dumbuya fait son coup d’Etat contre Alpha Condé, la CEDEAO suspend la Guinée comme membre. C’est cela qui discrédite et disqualifie l’organisation ouest-africaine. Elle est en hiatus avec les aspirations profondes des peuples de ses Etats membres.

Un autre cas illustratif, c’est celui du Mali d’Ibrahim Boubacar Keita qui, au deuxième mandat, ne voulait entendre parler d’une quelconque manifestation publique de la population à qui il a réservé une répression policière aveugle. Là aussi, pas un mot du côté de la CEDEAO. Mais lorsque l’armée intervient avec le coup d’Etat du colonel Assimi Goïta, l’organisation soumet le Mali à des sanctions sous forme de blocus pour l’isoler du reste du monde. Alors que la cause de ce putsch, ce sont les excès  de la gestion démocratique du régime d’IBK qui a installé une dictature.

Le tout dernier cas en date, c’est celui du Burkina Faso qui est la copie conforme de celui du Mali où le Président Rock Kabore est à son deuxième mandat. Lorsqu’un président démocratiquement élu interdit toute manifestation publique, c’est le début de la fin. Pour protester contre l’insécurité provoquée par des attaques des djihadistes qui ont fait beaucoup de morts dans les rangs de l’armée, les Bourkinabe appelés à battre le pavé chaque jour en faisant face à la répression policière brutale, dans le sang avec souvent des armes létales. Nul n’a entendu une seule condamnation de ces actes du côté de la CEDEAO.

Ce qui pousse les analystes à se poser la question de savoir si cette organisation ouest-africaine ne joue le rôle que d’un club d’amis pour se protéger et devenir des autocrates à vie. Pourtant, leur Charte prône la promotion de la démocratie et l’état de droit dans tout leur espace communautaire. Ce qui est aux antipodes de la praxis politique dans ces Etats avec des présidents de  » 3ème mandat  » comme Allasane Ouattara en Côte d’Ivoire et des dictateurs paranoïaques partout ailleurs. Ce qui interroge alors sur le rôle exact de cette organisation.

Il faudra peut-être noter que dans toute l’Afrique, la zone ouest-africaine est le seul espace qui concentre un nombre élevé de putschs. Chacun de ces pays en a connu en moyenne trois sauf la Côte d’Ivoire qui n’a qu’un seul en 1999 qui a vu le général Robert Guéï détrôner le Président Konan Bédié qui avait succédé à Houphouët Boigny.

Des pays qui sont connus comme des pays des putschistes, c’est entre autres Niger, Mali, Guinée-Conakry, Guinée Bissau, Mauritanie. Dans ces pays, on vit avec des coups d’Etat. Si déjà la CEDEAO se complait dans cet état des choses, c’est que ce n’est pas demain que ces peuples vont renouer avec des régimes démocratiques. KANDOLO M.

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