Afani Idrissa Mangala : «En six mois, nous avons réalisé 15 projets sur les 18 initiés dans la province du Maniema»

Porte-étendard du parti présidentiel au Maniema, militant de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) depuis 2007, Afani Idrissa Mangala a été propulsé à la tête de la province en mai 2021. Aujourd’hui, six mois après, il est fier d’avoir réalisé 15 projets sur les 18 initiés à son avènement, en dépit de moyens limités. Dans cette interview exclusive accordée au quotidien ‘‘Forum des As’’, le Gouverneur intérimaire nous donne de plus amples détails sur ses recettes et sur les défis qu’il est tenu de relever au quotidien. 

Monsieur le Gouverneur, vous venez de séjourner pendant deux semaines à Kinshasa. Quelles sont les raisons qui ont motivé votre mission dans la capitale ?

A la tête d’une forte délégation de la province du Maniema, je me suis rendu à Kinshasa,  sur invitation du Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Sécurité,   Décentralisation et Affaires coutumières. Nous sommes partis participer à la 8ème session de la Conférence des gouverneurs pour pouvoir donner nos avis qui ont, d’ailleurs, été pris en compte lors de ces assises.

Que peuvent retenir vos administrés de ces travaux qui ont réuni, en  fin décembre, les gouverneurs de 26 provinces à Kinshasa ?

L’on retiendra tout d’abord le fait que le chef de l’Etat veut réduire, voire arrêter les conflits entre les assemblées provinciales et les gouvernements provinciaux. Depuis son avènement à la tête du pays en effet, l’on n’a cessé d’assister à la destitution de plusieurs gouverneurs et vice-gouverneurs dans les provinces. Ces tensions ont également débouché sur l’éjection des présidents des assemblées provinciales. Et donc, pour le Président de la république, cette situation bloque le développement des provinces. Conscient que sa politique devrait partir de la base, le chef de l’Etat est d’avis qu’il est fragilisé si ceux qui sont censés mener sa politique à la base sont incessamment déstabilisés. C’est donc, selon lui, un frein pour la matérialisation de sa vision au niveau de la base. 

Concrètement, quelles sont les assurances que vous, les gouverneurs, vous avez reçus du chef de l’Etat et du Premier ministre pour les prochaines années de son mandat ?

Le Président de la république a effectivement jugé opportun de convoquer les gouverneurs pour leur donner des orientations par rapport au temps qui reste, pour que les provinces soient stables et puissent décoller grâce au programme ambitieux qu’il a conçu. En ce qui concerne le développement à la base des 145 territoires du pays, le chef de l’Etat nous a lui-même promis d’octroyer 10 millions de dollars par territoire en deux ans. A raison de 5 millions de dollars l’année en cours, et les 5 millions de dollars restants en 2023. Le soucis du Président est que les gouvernements, les provinces s’en approprient dans le cadre de pilotage et de suivi de son programme. 

Vous êtes arrivé au pouvoir dans l’une des provinces les plus enclavées du pays. En six mois de gestion, quels sont les défis que vous avez relevés ?

A notre avènement à la tête de la province, nous avons effectivement eu beaucoup de défis à relever. Nous avons trouvé l’insécurité, l’instabilité politique… En plus, la politique du chef de l’Etat était ignorée au Maniema par déficit des personnes qui devraient incarner cette vision. J’ai été le premier à mettre un terme à la coalition FCC-CACH d’autant qu’on ne nous prenait pas en compte, alors qu’on était déjà au pouvoir ! Je me suis approprié la vision du chef de l’Etat. De même, sa politique en matière de sécurité. J’ai initié une caravane de la paix pour combattre l’insécurité dans la province. J’ai mis un terme au banditisme urbain et à l’activisme des milices dans la province. J’ai mis un terme à la division au sein de la jeunesse qui constituait une menace pour la paix dans la région. Nous avons pu ainsi mettre fin à cette instabilité politique. Avant moi, il y avait des camps politiques antagonistes. Il était ainsi difficile que les fils de la province puissent cohabiter et travailler ensemble. Aujourd’hui, les fils et filles de la province essayent de parler le même langage…       

Vous avez récemment tiré la sonnette d’alarme au regard des épidémies comme la rougeole qui ont éclaté dans la province. Comment le gouvernorat est-il parvenu à gérer cette crise ?

Comme vous le constatez, nous intervenons dans tous les secteurs. Pas seulement sur le plan politique, économique, culturel, mais aussi dans le domaine de la santé. Lorsqu’en septembre, nous avons été invités, par la Présidence de la république, pour participer au 2ème Forum national sur la vaccination, la province de Maniema a été cotée négativement. Cette situation m’avait beaucoup interpellé. Heureusement que cette cotation concernait davantage mes prédécesseurs ! J’ai, dès lors, mis en application les recommandations de ce forum. Et lorsqu’ont surgi les épidémies de rougeole et de monkey pox, le gouvernement provincial – quoiqu’en quête de ressources – s’est doté de moyens pour mobiliser 2,5 tonnes de médicaments pour prendre en charge les malades. Pour la rougeole, on a été soutenu par Médecins sans frontière…   

Avant la conférence des gouverneurs, vous avez proposé un budget de loin supérieur à ceux de vos prédécesseurs. Estimez-vous ce montant réaliste ?

Maniema est une province à vocation agricole. C’est vrai qu’on n’y trouve plus des entreprises de transformation. Encore moins les entreprises minières comme dans le passé. Mais avec le peu dont nous disposons, notre sens d’organisation et surtout avec l’accroissement du Fonds d’investissement au niveau du Gouvernement central, nous avons jugé utile d’augmenter le pourcentage de notre budget. Est-ce réaliste ? Bien entendu ! Etant moi-même économiste de formation, je ne peux pas me permettre de suggérer des propositions non réalistes. Raison pour laquelle, à mon arrivée au gouvernorat, j’avais proposé autant de projets, au point où même la Société civile doutait de leur faisabilité. Aujourd’hui, sur les 18 projets présentés, tous ont été exécutés. Au total, 15 ont été réalisés et les trois autres sont en pleine exécution. Quand moi, je fais quelque chose, je suis conséquent. De sorte qu’on ne puisse pas me dire après : «Vous avez promis, mais vous n’avez pas réalisé». Nous sommes les lieutenants du chef de l’Etat. Et pour mener a bien sa vision, nous devrons être réalistes par rapport au programme que nous lançons auprès de la population.  Propos recueillis par Yves KALIKAT

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