Covid-19 à Kinshasa: une année de pandémie au gré des vagues et des variants

Jour pour jour, l’épidémie déclarée le 10 mars 2020 vient de totaliser 21 mois. Et durant l’année qui éteint ses lampions, la peur de la maladie est allée decrescendo, au gré des vagues et des variants, chaque vague étant caractérisée par un variant. De la 3ème vague, Kinshasa est en train de vivre la 4ème vague, présentée comme la plus virulente, la plus dangereuse et la plus meurtrière jamais enregistrée depuis le début de la pandémie. A la clé, des mesures de restrictions édictées par le gouvernement pour essayer de contrer la maladie. Faisant de la fortune bon cœur, les Congolais, les Kinois en particulier, ont appris à vivre avec la pandémie, lassés de se soumettre à des mesures de restriction qui les appauvrissent davantage.

Depuis le début de l’année 2021 qui s’achève, le Gouvernement n’a cessé de prendre des mesures de restriction pour contrer la pandémie. Des mesures qui grèvent malheureusement les économies des pauvres populations qui, malgré elles, les acceptent, en étant toutes sceptiques sur la présence voire l’existence de la maladie dans cette ville surpeuplée. Une situation consécutive à l’épisode rocambolesque qui avait entouré en mars 2020 le tout premier malade déclaré à Kinshasa.

Ce qui a motivé le comportement de la majorité des Kinois face à la Covid-19. Crédulité menée à l’incrédulité, scepticisme, respect des gestes barrières aujourd’hui, relâchement demain. Le tout dans un contexte de nombreuses rumeurs alimentées abondamment et au fil des mois par de réseaux sociaux si prolifiques, depuis mars 2020, faisant du coronavirus une maladie créée en laboratoire outre-Atlantique pour éliminer la population mondiale…Celle de la RDC comprise.

DES MESURES DE RESTRICTION IMPOPULAIRES

Au gré de ces vagues, le Gouvernement prend  des mesures de restriction se révélant fort impopulaires pour tenter de contrer la Covid-19 au grand dam d’une population du reste appauvrie, avant d’être levées plus tard : fermeture des discothèques, boîtes de nuit  vers la mi-juin pendant 15 jours, maintien du couvre-feu de 22h à 5h du matin, puis repoussé de 23 h à 5h du matin ; interdiction d’organiser des veillées mortuaires, des rassemblements de plus de 20 personnes, annulation des festivités du 30 juin, les églises, à défaut d’être fermées, sont priées de réduire le nombre des participants à leurs cultes.

Le mois de décembre sonne la fin de la 3ème vague. Le 13 décembre 2021, le ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévention, le Dr Jean-Jacques Mbungani Mbanda va annoncer officiellement la quatrième vague avec le variant Omicron considéré comme le variant le plus dangereux et le plus contagieux jamais enregistré depuis le déclenchement du virus.

Particulièrement pour cette 4ème vague, sa survenue a coïncidé avec la recrudescence de la grippe saisonnière qui, elle aussi, présente certains symptômes similaires à ceux de Covid-19, notamment la toux prolongée, la fièvre, la céphalée, la fatigue, les courbatures, la faiblesse. Beaucoup de Kinois en ont souffert, alimentant ainsi les conversations des uns et des autres, mais faisant en même temps monter la peur !.

COVID-19 ASSOCIEE OU NON A LA GRIPPE SAISONNIERE

Le ministre de la Santé publique a appelé la population à se faire consulter régulièrement devant toute toux associée ou non à la fièvre pour se fixer sur son état clinique en vue d’une prise en charge appropriée, à observer les gestes barrières et à se faire vacciner massivement pour permettre au pays d’atteindre l’immunité collective».

Malgré la peur suscitée par la survenue du variant Omicron et la grippe, les Kinois, comme d’habitude, n’ont vraiment pas paniqué, encouragés par le comportement de la plupart des agents des services de sécurité, la police notamment.., qui ne respectent plus les gestes barrières, le port des masques notamment.

FATIGUES DE SE PROMENER LA BOUCHE ET LE NEZ BOUCHES

La vingtaine de mesures actualisées par le Gouvernement dans le cadre du renforcement de la lutte contre la pandémie de Covid-19 au pays, n’ont rien changé dans le comportement des sceptiques Kinois fatigués de se promener partout la bouche et le nez bouchés.

Parmi ces mesures, les manifestations publiques (réunions, célébrations, mariages, réceptions après funérailles, anniversaires, rencontres sportives, concerts, etc.) se déroulant dans un espace extérieur ou privé clos ne devront pas excéder plus de 50% de la capacité d’accueil. Quant aux veillées mortuaires dans les funérariums et/ou à domicile, les autorités rappellent qu’elles sont strictement interdits et que les dépouilles mortelles seront directement conduites de la morgue au lieu d’inhumation avec un nombre d’accompagnateurs n’excédant pas cinquante personnes.

Tandis que les églises sont astreintes à réduire le nombre des participants à 50% de leur capacité d’accueil lors des cultes et à respecter les mesures barrières, ainsi que la distanciation sociale, les bars, terrasses, discothèques et boites de nuit peuvent fonctionner normalement dans le strict respect des gestes barrières.

LES AUTORITES ELLES-MEMES LASSEES

Constatation : face à la dangerosité du variant telle qu’annoncée par le Gouvernement et les médias internationaux, ces mesures sont loin d’être à la hauteur de l’enjeu du variant. C’est que les autorités, elles-mêmes lassées de prendre des mesures qui font mal à une population déjà meurtrie par la crise économique, se sont contentées de prendre celles de nature de sauver la face.

Depuis le début de l’épidémie déclarée le 10 mars 2020, jusqu’au 11 décembre, le cumul des cas est de 62.427 cas confirmés, dont 62.426 et 2 cas probables. Au total, il y a eu 57.447 personnes guéries et 1.117 décès. Des statistiques auxquelles la population kinoise ne croit pas, arguant toujours qu’elle n’a jamais vu un cadavre décédé de Covid-19.

Entre temps, depuis le début de la campagne de vaccination le 19 avril 2021, la moisson reste fort insignifiante. Allez-y comprendre quelque chose à cette contreperformance.

Et selon certaines sources en ligne, notamment Congoguardian.com, la RDC vient de franchir à peine d’enregistrer 207 954 personnes vaccinées pour la première dose et 64 928 pour la deuxième, soit 97 680 personnes complètement vaccinées, soit un taux de couverture vaccinale de 0,18%. Quoique ces chiffres représentent une avancée de 0,17% par rapport aux dix précédents jours, le pays connaît encore une très faible couverture vaccinale par rapport au niveau continental situé à 3,8%.

LA FAUTE AU DEFICIT DE SENSIBILISATION

Et au sujet de la vaccination, les Kinois restent très réticents depuis le début de la campagne. Alors que le pays dispose d’une gamme variée de plus de 3 millions de doses de plusieurs vaccins, le très faible taux de vaccination se justifie principalement par plusieurs facteurs : le grave déficit de sensibilisation en la matière en dépit de la présence de plusieurs vaccins dont l’efficacité ne cesse d’être vantée par les scientifiques et leurs fabricants : AstraZeneca, Moderna, Pfizer, Johnson & Johnson, Sinovac, ainsi que les. 374 sites qui sont fonctionnels en routine dans 14 provinces du pays. L’attitude de méfiance affichée jusqu’au sommet de l’Etat face aux vaccins en raison de tout ce que les réseaux sociaux rapportent sur les vaccins,  les piqûres de vaccin anti-Covid tardent à faire recette jusqu’à présent en RDC, pays parmi les moins vaccinés au monde et assez miraculeusement, plutôt épargné par la pandémie.

Quant à l’avenir des gestes barrières, les’’ frontières’’ qu’ils sont censés constituer contre le coronavirus semblent disparaître au fil des mois. Y a-t-il encore des Kinois qui continuent à éternuer ou tousser dans le pli du coude ou dans un mouchoir en papier jetable ? Même laver les mains régulièrement à l’eau et au savon pendant 20 secondes disparaît lentement mais sûrement. Entre temps, bien des Kinois ont repris leur habitude séculaire de serrer des mains ou de faire la bise, surtout entre frères et sœurs d’une même Eglise. Quant au masque ou cache-nez, il bouche de moins en moins bouches et nez. En plus, les Kinois n’évitent plus de toucher les yeux, le nez et la bouche avec des mains non lavées ; alors que le respect de la distanciation physique n’est plus à l’ordre du jour.

Sans doute, le très meurtrier Covid-19 est loin de stopper sa boulimie entrainant ses vagues et ses variants, charriant quotidiennement avec lui ses milliers de victimes à travers le monde. Que réserve 2022 qui, comme pour les années précédentes, naît avec de nombreux vœux de bonheur, de prospérité, de succès, de santé, surtout de longue vie ?  Kléber KUNGU

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