Abonné d’honneur au carpe diem …

Pour la énième fois, les mêmes prémices pour les fêtes de fin d’année.  A savoir, l’arrivée  des tonnes de vivres au port de Matadi. Une bonne nouvelle que le Gouvernement se fait le réel plaisir d’annoncer à la ville et au pays. Les experts ès communication pourront apprécier le  » fameux bien faire et le faire savoir « .

 Comme depuis des décennies, l’ordre de  préséance reste invariablement le même. C’est  l’historique « mpiodi » qui ouvre le bal.   Suivront  le légendaire poulet et l’inévitable riz.   

 Bien plus qu’un paradoxe, un oxymore qui renseigne sur le degré proverbialement  maladif de notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Comment comprendre qu’un pays garde jalousement son abonnement d’honneur aux importations des produits dont  la nature l’a généreusement doté ? Comment continuer à  importer à coup et à coût des devises fortes -5,8 millions de dollars- des tonnes de poissons conditionnés voire un tantinet  frelatés alors que le pays tout entier baigne dans l’eau ? D’innombrables  cours d’eau  où s’observent des embouteillages de… poissons. Même questionnement pour les poulets et le riz.

Pourtant les plus hauts dirigeants -tous régimes confondus- y sont allés, chacun de leur promesse. Notamment pour l’industrialisation de la pêche comme antidote à ces importations aussi anachroniques que financièrement onéreuses.   Représentatifs de leurs collègues de provinces, les pêcheurs de Kinkole attendent toujours l’aide promise par l’Etat.

   Or, pas besoin d’être économiste pour savoir qu’un pays qui produit ce qu’il ne consomme pas et qui consomme ce qu’il ne produit pas est condamné à dépendre ad vitam aeternam de l’extérieur. Et, donc, se condamne au sous-développement.

 La faute, à l’évidence à l’absence de volonté politique qui est différente de slogans et autres postures teintées de bon sentiment qui en tiennent souvent lieu. Avant-hier, hier comme aujourd’hui, cette vacuité de volonté politique conséquente a fini par consacrer  la culture de l’instant et  des palliatifs à court terme. Comment se projeter, anticiper, être dans le coup d’après lorsque l’on n’a pour seul horizon que l’instant?

 Pouvons-nous évacuer l’autosatisfaction-ambiante- du jour  et  pensé déjà aux suites  de la  » collaboration avec l’Ouganda » dans une région sur laquelle  d’autres que nous -y compris les Ougandais-  développent des stratégies à très large spectre ? Allons-nous continuer à chérir la conception angélique et même  idyllique des relations entre Etats ? Alors que  les autres acteurs tels des monstres froids appliquent, mutatis mutandis,  la citation du Premier ministre british au XIXème siècle Lord Palmerston à savoir  » l’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents« .

 Ayant vécu dans la Rome antique d’avant l’ère chrétienne, le poète Horace ne pouvait s’imaginer que son  » Carpe diem « (Cueille le jour sans se préoccuper du lendemain ) pouvait, des millénaires plus tard, faire florès sous les tropiques zaïro-congolaises. Au point d’être magnifié-il est vrai-par nécessité plutôt que par plaisir par tout un peuple qui assume bien malgré lui   » sa vie alignée sur le taux jour « . En clair, vivre au jour le jour.  Demain étant un autre jour.   José NAWEJ

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