Congolité : « une polémique de bas étage », selon Patrick Muyaya

* D’ores et déjà, le ministre de la Communication et Médias déconseille l’utilisation de ce concept qualifié de dangereux et de nature à diviser davantage les Congolais.

« La « congolité » est une expression dangereuse et de nature à nous diviser davantage », déclaré Patrick Muyaya, au cours d’un briefing presse hier lundi 12 juillet à Kinshasa. Le ministre de la Communication et Médias répondait ainsi à la question d’une journaliste qui a voulu savoir la position du Gouvernement Sama Lukonde, par rapport  à la proposition de loi sur la  « congolité », initiative de Noël  Tshiani, endossée par le député national Nsingi Pululu et déposée depuis la semaine dernière au Bureau de la Chambre.

Prudent, le patron des médias en RD Congo précise, cependant, à son auditoire, que son point de vue sur cette question n’est pas celui du Gouvernement, dans la mesure où ce dernier devra répondre, dès lors qu’il s’agit d’une initiative déjà parvenue au Parlement.

Deux fois élus député national en 2011 et 2018, Patrick Muyaya a donc la parfaite maîtrise du b-a-ba de la démarche parlementaire, en ce qui concerne l’initiative des lois. Le seul fait d’initier une proposition  ou un projet de loi ne suffit pas pour que cette initiative devienne un acquis. Car, il existe encore toute une procédure à suivre au niveau institutionnel.

« Je sens et je lis certaines insinuations qui, à mon humble avis, sont très  dangereuses. Parce qu’à cette question, bien évidemment, le Gouvernement répondra, parce que vous avez dit que c’est une initiative qui est déjà arrivée au niveau du Parlement…cela veut dire qu’il y aura une réponse institutionnelle. Car, pour qu’une loi s’élabore, elle part d’une initiative d’un député national, elle va ensuite à l’Assemblée nationale qui, à son tour, saisit le Gouvernement. Et donc, il y a encore toute une procédure, » a expliqué le porte-parole du Gouvernement.

D’ores et déjà, le ministre Patrick Muyaya invite les professionnels des médias congolais à ne surtout  pas utiliser l’expression « congolité« , un néologisme qui selon lui, est dangereux et de nature à diviser davantage les Congolais. « Je crois que sur cette question, vous devez faire très attention, lorsque vous utilisez ce concept de « congolité ». Dans cette polémique, fort malheureusement, j’observe que tous, dans un sens comme dans un autre, jouons avec le feu« , prévient le conférencier.

NI FATSHI NI LE GOUVERNEMENT N’A CEDE

Le chef de l’Etat aurait-il déjà donné son feu-vert à cette proposition de loi qui divise les Congolais d’ici et d’ailleurs ? Y aurait-il aussi une main invisible du Gouvernement derrière Noël Tshaini, initiateur de la très controversée proposition de loi sur la « congolité« ? A ces deux sous questions sous-entendues et subsidiaires à la question principale de la journaliste, Patrick Muyaya répond sans y aller avec le dos de la cuillère.

« La dangerosité de cette question est que quand on parle congollité, et d’ailleurs, je n’utiliserai plus ce mot, ça renvoie à ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Effectuons ensemble un saut dans l’histoire, avant que je ne revienne sur la question afin de vous répondre. En Côte d’ivoire, la notion d' »ivoirité » fut une stratégie politique. Alors, ici chez nous, dites moi parce que vous couvrez les activités au Parlement…j’entends dire des sous-entendus du genre le Prédisent de la République ou le Gouvernement aurait cédé. C’est totalement infondé« , tranche sur un ton incisif, le numéro 1 des médias congolais.

Dans son rejet des affirmations gratuites de certaines langues, à propos du Président de la république et de l’Exécutif national, accusés de soutien à la démarche de Noël Tshaini, Patrick Muyaya a rappelé l’interrogation choc du chef de l’Etat, lors de sa dernière rencontre avec les sénateurs. Selon lui, Fatshi, avait expressément demandé aux membres de la Haute assemblée, ce qu’ils ont fait du pays pour que ce dernier soit dans un état que tous déplorent. Sans circonlocutions, Patrick Muyaya  juge la polémique ambiante sur la « congolité » comme un débat de très bas étage. Tout au plus, une véritable distraction entretenue de mauvaise foi, selon sa propre expression.  

ACCEPTER LA REGLE DU JEU DEMOCRATIQUE

On rappelle que dans ce débat qui n’a ni cesse ni fin sur la « congolité », certains Congolais qui impliquent à tort ou à raison, le Président Félix Tshisekedi dans la proposition de loi tant querellée, ont pris des raccourcis pour établir un lien direct avec les trois propositions de loi sur les réformes judiciaires, initiées par Aubin Minaku et  Garry Sakata, jugées recevables le 19 juin 2020 à l’Assemblée nationale. S’ajoute à cela, l’élection de Ronsard Malonda en juillet de la même année. Ces deux sujets avaient mis la tempête dans un verre d’eau au sein de l’opinion.

Une fois encore, Patrick Muyaya a rejeté ces affirmations qu’il dit sans preuve. « J’ai aussi entendu les gens dire, sur cette question de « congolité » que le Président de la République avait arrêté l’examen de la loi Minaku et Garry Sakata. Ici, je crois qu’il faille savoir analyser les faits tels qu’ils se sont produits. Qu’il s’agisse des trois  propositions de loi sus-évoquées ou de l’élection de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), personne n’ignore que la question avait fait l’objet des débats au sein des institutions. Alors, je me demande si le débat sur la question de « congolité » a déjà eu lieu au sein des institutions. Maintenant qu’un député qui use de son pouvoir ou sa prérogative de parlementaire, pour porter une proposition de loi, bien que controversée -fort malheureusement -en démocratie on nous impose la tolérance. Ca veut dire qu’autant on peut ne pas être d’accord avec le fond de la démarche, mais la démocratie nous l’y oblige », ajoute-t-il.

Dans son argumentaire, Patrick Muyaya a évoqué l’attitude du Gouvernement, face au refus des députés nationaux de céder à la requête de l’Exécutif, en rapport avec la loi d’habilitation. « A notre niveau, nous nous sommes réunis en Conseil des ministres et nous voulions une loi d’habilitation pour nous permettre, notamment, de proroger l’état de siège tous les quinze jours. Les députés nationaux ont dit « Non » et nous nous sommes inclinés. Cela veut dire qu’ici, nous sommes dans un contexte où la démocratie se consolide. Et, lorsque la démocratie se consolide, les gens ont tendance à prendre des libertés vis-à-vis de certaines questions. A moi personnellement, il y en a qui m’ont demandé de donner la position du Gouvernement sur la question dhomosexualité. Vous y comprenez quelque chose ? Et donc, je crois qu’il faudrait faire très attention. Nous, dans le cadre de notre Gouvernement, l’idée pour le Président de la république, Chef de l’Etat et pour le Premier ministre Sama Lukonde, est de travailler dans l’apaisement et la transcendance. On amène tout le monde dans un cadre où nous regardons nos priorités et nos urgences en face. Elles sont sécuritaires, sociales et mêmes liées à la survie de la République« , explique le ministre congolais de la Communication et médias.

Et d’ajouter : « Pour nous, en tant que Gouvernement, il est hors de question d’alimenter des questions de cette nature et il est aussi, malheureusement, de notre devoir à tous, d’accepter ce que la démocratie peut nous impose quelque fois. Et je crois que sur cette question, il faudrait que cela soit bien clair. Et donc, Mme, si vous pouvez suivre mon conseil, n’utilisez plus cette expression (ndlr : « congolité »). Elle est dangereuse et de nature à nous diviser davantage », exhorte le porte-parole du Gouvernement. 

 « RIEN NE SERA LAISSE »

C’est donc un véritable tour d’horizon de la situation globale du pays, que le ministre de la Communication et médias a fait hier devant la presse. De manière concise, il a d’abord fait la synthèse du séjour du Chef de l’Etat dans l’Est du pays, avant d’aborder les autres sujets d’actualité nationale.

S’agissant du séjour de Fatshi à Goma, Patrick Muyaya a rappelé que celui-ci s’inscrit dans le cadre de l’engagement du Président de la république, en faveur du retour de la sécurité dans cette partie du pays. « La sécurité est une affaire de tous. Tout a été mis en œuvre pour que nos forces armées soient en mesure de mener les opérations concourant au retour de la paix et la sécurité dans l’Est. La création récente du Programme de désarmement, par le Chef de l’Etat, rentre dans cet idéal de s’impliquer totalement dans la sécurisation de la partie orientale du territoire national« , a expliqué Patrick Muyaya.

Quant aux autres aspects liés à l’amélioration du quotidien de la population, le porte-parole des « Warriors » a rappelé la vision du Président de la république qui place le peuple congolais au centre de son action. « Le Chef de l’Etat n’a de cesse de nous exhorter à travailler pour le peuple. C’est dans cette logique que le Gouvernement travaille. Et, les effets seront bientôt ressentis sur le marché des biens et des services. Notamment, la baisse du coût du billet d’avion pour des vols locaux. Dans les jours à venir, les prix des denrées alimentaires surgelés vont également baisser. Tout cela traduit la détermination du Gouvernement à assurer le bien-être à la population et à améliorer ses conditions de vie« , a-t-il renchéri.

En ce qui concerne les prix de surgelés, Patrick Muyaya a précisé que le ministre de l’Economie conduit des travaux en collaboration avec la FEC. L’objectif, dit-il, est de nettoyer les structures des prix et tarifs pour assurer un respect scrupuleux de la réglementation en vigueur pour parvenir à un juste prix. Ces travaux ont abouti à une série d’identification d’éléments non incorporés dans les structures de prix. Aussi, le gouvernement a-t-il  accordé une série d’allégements tant au secteur aérien qu’aux importateurs des vivres frais.

 » A ces jours, des avancées significatives ont été enregistrées, le principe de la baisse de prix est un acquis. Et les travaux en cours concernent aussi la certification de stock existant pour les biens de consommation, dès que ce travail sera terminé, il y a des actes réglementaires qui seront pris pour avoir un prix juste. De contrôles économiques seront également menés » a expliqué Patrick Muyaya. Ce, avant d’annoncer que ce jeudi 15 juillet, le Conseil d’administration du FMI devra se réunir, pour pouvoir donner à la RD Congo, l’aval d’avoir accès à certaines facilités.

Toujours dans le secteur économique, Patrick Muyaya a fait part d’une nette progression de recettes due au dynamisme et à l’impulsion du Premier ministre Sama Lukonde. Mais aussi, au contrôle économique qui permet aujourd’hui aux régies financières de mobiliser plus que d’habitude. La diversification de l’économie, l’une priorité du Gouvernement, a été également été évoquée au cours de ce briefing de presse.

COVID-19 : BIENTOT, UN EVENTAIL DE VACCINS

Selon le ministre, celle-ci apparait apparaît comme une réponse à l’économie du pays,  longtemps restée dépendante des richesses minières. Occasion pour Patrick Muyaya de rappeler que chaque année, la RDC dépense plus de 2 milliards USD en termes d’importation des produits agroalimentaires. Et, avec le plan d’industrialisation validé récemment, cela permettra de réduire sensiblement cette dépendance.

S’agissant de la 3ème vague de la pandémie de Covid-19, Patrick Muyaya a indiqué qu’il s’observe une diminution progressive des cas de contamination. Selon lui, cette baisse s’explique par l’implication du Gouvernement. A en croire le ministre de la Communication et médias, ce dernier s’attèle à mettre à la disposition de la population, un éventail de vaccins pour lui permettre d’opérer un choix judicieux.

Grevisse KABREL

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