Vivement l’assouplissement de nouvelles mesures anti Covid-19 à Kinshasa

* Dès lors que le remède devient plus nocif que la maladie, il n’y a pas de gêne à envisager une autre thérapie plus adaptée.

La population kinoise a ressenti hier mercredi 23 juin, dans la douleur, les premiers effets drastiques de nouvelles mesures des autorités du pays, énoncées 48 heures plus tôt, pour endiguer la propagation du Covid-19. Terrasses, discothèques, bars, Night clubs…tous fermés pour une durée de quinze jours ! Si ces restrictions sont le moindre mal pour certains Kinois, il y a donc pire que ça. Il s’agit des décisions concernant les moyens de transport en commun.

Depuis hier, tous les transporteurs en commun ont été obligés de réduire de moitié, le nombre de passagers à embarquer en une course. Trois passagers en lieu et place de quatre pour les taxis, en raison de deux clients sur la banquette arrière et un seul sur le siège passager. De même pour les «mal-aimés» minibus Mercedes, communément appelés  «207» à Kinshasa. Ces vieux engins de fabrication allemande, ont vu réduit de moitié le nombre de leurs clients. Désormais, ils ne peuvent embarquer que dix passagers, à raison de deux clients par banc.

Inéluctablement, cette obligation faite aux transporteurs en commun a poussé ces derniers à majorer leurs tarifs. Ainsi, par exemple, on est passé de 500 à 1000Fc pour certains déplacements par minibus et de 1000 à1.500fc pour des courses en taxi sur certains trajets. Mais, malgré ces tarifs revus à la hausse, les moyens de transport en commun se sont faits de plus en plus rares sur les principales artères de la ville, dans la matinée d’hier mercredi.

Le décor a été l’un des plus désolants sur le boulevard Lumumba. De bonne heure de la matinée, des foules compactes de piétons en partance des communes de l’Est de la ville –considéré non sans raison –en même temps comme la zone rouge et la partie à très forte démographie de la capitale, ont dû marcher faute de moyens de transport en commun. Tout au long de sa procession, cette masse très en colère et visiblement surexcitée, entonnait des chants improvisés contre l’actuel régime du président  Félix  Tshisekedi. Ce qui explique les accrochages qui ont failli coûter cher à la ville hier, entre un groupe de partisans du pouvoir et la foule qui passait devant le siège national du parti présidentiel, place 11ème rue Limete.

QUAND LE REMEDE PARAIT PLUS MORTEL QUE LA MALADIE…

Dans les rues de Kinshasa, les nouvelles décisions des autorités contre la propension de la «3ème vague» du Covid-19, alimentent une vive polémique. Y compris dans différents forums sur les médias sociaux. C’est vrai, les données épidémiologiques des structures locales motivent ces mesures. Car, dans la situation actuelle où personne ne sait prédire la fin de cette pandémie, on devrait donc se concentrer beaucoup plus sur la prévention que la guérison.  Ainsi, la batterie de décisions assorties d’amendes transactionnelles, s’inscrit donc dans cette logique de prévenir certains risques.

Cependant, nombre d’observateurs instruits par la situation observée hier à Kinshasa, pensent que ces mesures en rajoutent au chapelet (déjà très long ?), de misère de la population. Cabarets, bistrots, discothèques, terrasses…tous fermés. Pendant combien de temps les Kinois devront-ils supporter cette situation qui, non seulement les stresse, mais surtout est source de malheur de nombreuses familles qui doivent leur survie à ces activités du secteur informel ?

A plus d’un égard, des analystes jugent ces restrictions de trop et déconnectées de la réalité de la vie à Kinshasa. En ce qui concerne le transport en commun, par exemple, la réduction du nombre de passagers à bord, augmente inévitablement les effectifs dans différents arrêts de bus. Dans ces conditions, si l’on peut réussir à faire respecter la distanciation sociale dans les bus, minibus et taxis, ce ne serait jamais le cas dans les arrêts, où des foules importantes attendent désespérément un moyen de transport.

Qui pis est, le couvre-feu de 22h00 à 4 heures du matin, en vigueur depuis le 18 décembre dernier à Kinshasa, est encore une autre mesure jugée irréaliste. Dans une capitale à très faible couverture en termes de mobilité ou moyens de transport en commun, obliger les conducteurs à arrêter leurs services à partir de 21 h 00 ou 22 heures, il y a lieu de se demander si les autorités du pays vivent sur la même planète que leurs administrés. Ainsi, pour plusieurs raisons, les nouvelles mesures anti-Covid-19 à Kinshasa, risquent de paraitre plus suicidaires, plus mortelles que la maladie-même.

VIVEMENT L’ASSOUPLISSEMENT !

«Se tromper est humain, persister dans son erreur est diabolique», jugeait Saint Augustin D’Hippone. Evidemment, il peut arriver à ceux qui ont la charge de gouverner, de prendre de mauvaises décisions. Et, c’est humain. Seul l’insensé qui croirait que le chef ne se trompe pas.

De l’avis de nombreux observateurs à Kinshasa, certaines décisions prises dans le cadre de la prévention de la propagation du Covid-19, sont à mettre dans le lot des mesures inadaptées à la situation, mieux aux réalités de la vie sociale des Kinois. Dès lors que pour la même cause, qu’il y ait d’une part, les mesures préconisées par le président de la République, et de l’autre, celles du Gouverneur de la ville de Kinshasa, ça fait trop ! C’est des âmes qui sont exposées au péril. Si ces mesures paraissent bien adaptées dans des sociétés occidentales, offrant le minimum de sécurité sociale, on devrait éviter le copier-coller. Moralité, la grogne latente dans la capitale, doit interpeller les autorités du pays et les inviter à  assouplir les mesures en vigueur. Il y va de la paix sociale.

Grevisse KABREL

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