Comme une odeur de faux procès contre le Sénat

Le refus par le Sénat de voir levées les immunités de Matata Ponyo donne lieu à un drôle de procès. Celui contre le Président de la chambre des sages. Procès d’autant plus malvenu que les sénateurs s’étaient exprimés par vote. Le speaker du Sénat n’ayant d’autre compétence en l’occurrence  que la police des débats. Où se situerait la responsabilité du Président de la chambre haute  dans le vote en âme et conscience de chacun des sénateurs?

A moins de faire du speaker de la haute assemblée un gestionnaire des consciences des Sénateurs. Lui qui n’est qu’un primus inter pares. A moins de faire de la chambre un espace non démocratique où le Président du bureau donnerait ou relayerait des ukases. A moins de faire accréditer par l’absurde que le Sénat, nouvelle formule, serait là pour exécuter un plan de disqualification de certains acteurs politiques.  Une vision qui, non seulement, ne cadrerait pas avec la vocation d’une chambre parlementaire digne de ce nom, mais en plus, enverrait un signal négatif au reste du monde qui nous regarde. Notamment à ceux des partenaires extérieurs qui attendent des preuves du renouveau dans les mœurs politiques. Pas sûr que ceux qui « jouent aux plus royalistes que le roi » rendent service au chef de l’Etat en plaidant pour un parlement systémiquement et systématiquement abonné au mot d’ordre réel ou putatif de l’autorité suprême. Pas sûr non plus que les zélateurs de la cour renforcent le Président en investissant dans la diabolisation de ceux de ses partenaires qui lui apportent une profondeur sociologique dans le pays réel. Et, sauf fausse modestie, Modeste Bahati fait partie de ces alliés de l’initiateur de l’Union sacrée de la nation justifiant  d’une existence réelle sur le terrain. Là où nombre de ses détracteurs ne peuvent se prévaloir que d’une base…médiatique.

La chambre haute du Parlement a voté contre la levée des immunités du sénateur Augustin Matata Ponyo. 49 sénateurs sur les 95 qui ont répondu présents à cette plénière ont voté contre le réquisitoire du procureur du PG. 46 ont voté pour contre un bulletin nul. Des statistiques qui renseignent sur le caractère démocratique de ce vote.

Cette décision des sénateurs a occasionné des réactions tous azimuts dans l’opinion. Si certains estiment que c’est cela la démocratie, d’autres sont ceux qui ont beaucoup critiqué cette position. Ils pensent que, réputé chambre des sages, le Sénat est entrain de protéger « les criminels en cravate ».

Ils s’interrogent si la  Chambre haute ne serait pas à la solde de la kabilie, dans une perspective de barrer la route à l’instauration d’un véritable État de droit prônée par le chef de l’État. Dans les réactions sur les réseaux sociaux et dans les rues de Kinshasa, quelques analystes ont estimé que le Sénat de la RDC se comporte comme un conglomérat des criminels économiques.

Même au sein de l’Union sacrée de la nation, nous apprenons que sollicitant le déboulonnage de la chambre haute du Parlement, certains hauts cadres affirment retirer la confiance aux dirigeants du Sénat qu’ils accusent de s’être livrés à la « corruption à grande échelle pour ne pas laisser passer le réquisitoire du PG ».

VOULOIR LA DEMOCRATIE ET SON CONTRAIRE

A analyser de près, on réalise que ces analystes semblent prôner la démocratie et son contraire. On dit aspirer à la démocratie, tout en n’observant pas les valeurs qu’elle charrie. Pas logique. Il est curieux de voir comment certaines personnes, sans scrupule aucune, tentent de mettre ce qui s’est passée au Sénat dans le dos du bureau de Senat avec a sa tête son président Modeste Bahati Lukwebo.

Tous ceux qui cherchaient la tête de cet ancien acteur de la société civile en ont trouvé l’occasion en or d’afficher au grand jour leurs intentions machiavéliques. Ils vont jusqu’à affirmer que le sénateur Modeste Bahati Lukwebo sera éjecté de son fauteuil de speaker de la chambre haute du Parlement, dès la session parlementaire de septembre prochain.

DES GRIEFS NON FONDES

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les griefs mis à charge du président de Sénat s’avèrent cependant non fondés. Que devrait faire le président du Sénat devant le vote d’une plénière souveraine, lui dont la loi ne reconnaît qu’une voix de vote comme tous les autres élus des élus ? Par quel mécanisme devrait-il imposer à la plénière un vote orienté ? Autant de questions que se posent les esprits lucides.

On en déduit que  Modeste Bahati, comme tous les autres membres du bureau du Sénat, sont victimes d’un faux procès instruit uniquement à charge par des ennemis de la démocratie, des gens qui veulent que le régime du président Félix-Antoine Tshisekedi tombe dans les travers que l’on reprochait au pouvoir de son prédécesseur.

Nombre d’analystes pensent qu’au-delà de l’adhésion à la thèse d’Augustin Matata Ponyo qui continue d’affirmer qu’il n’a pas détourné, ni mal géré le parc Agro industriel de Bukanga, Lonzo, il y a aussi lieu de considérer ce vote comme une sanction réservée par les sénateurs à l’inspecteur général de l’IGF, Jules Alingete.

Cet initiateur de l’enquête qui a conduit à la sollicitation des poursuites judiciaires contre l’homme à la cravate rouge avait, dans un passé récent, affirmé que les voleurs et corrupteurs se sont cachés au Parlement. Des propos qui n’ont pas plu les élus du peuple.

Tout compte fait, on déduit qu’il y a donc pas lieu d’en vouloir au président du Sénat Modeste Bahati Lukwebo qui n’avait pas en face de lui des enfants à qui il pouvait donner des ordres. Voir les choses de cette façon, c’est faire fausse route. Penser le faire partir de la tête du Sénat, lui qui dont la coalition AFDC-A constitue la première force politique d’union sacrée, c’est envisager une option dangereuse pour la stabilité politique du pays en cette période si délicate.

Le Sénat congolais a voté au cours de la plénière du mardi 15 juin, contre la levée des immunités de l’ancien premier ministre, Augustin Matata Ponyo.

Sur 96 sénateurs présents, 49 ont voté contre cette réquisition, contre 46 qui ont voté pour et un bulletin nul.

Matata Ponyo est accusé par l’Inspection générale des finances (IGF) d’être à la base de la débâcle projet agroindustriel de Bukanga Lonzo. On lui reproche d’avoir mal géré ce projet salutaire alors qu’il occupait les fonctions de Premier ministre et chef du Gouvernement.

Saisi de ce dossier par l’IGF, le parquet près la Cour Constitutionnelle avait sollicité la levée des immunités de Matata Ponyo au Sénat pour lui permettre de mener les poursuites. Le bureau de la chambre haute du Parlement avait confié l’analyse de cette réquisitoire à une commission spéciale qui a présenté son rapport au cours de la plénière avant de soumettre cette question au vote.

Orly-Darel NGIAMBUKULU

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