Gouverneurs militaires : « reconstruire la confiance de la population »

*Les nouveaux chefs des exécutifs provinciaux de l’Ituri et du Nord-Kivu ont pris officiellement leurs fonctions hier.

L’état de siège proclamé par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu est désormais effectif. Les gouverneurs militaires nommés pour remplacer les gouverneurs civils ont rejoint leurs postes d’attache hier lundi 10 mai et procédé, le jour même, à la remise et reprise avec leurs prédécesseurs. Tous deux promettent de rétablir la sécurité.

Le Lieutenant-général Johny Nkashama Luboya a remercié la population pour sa  » mobilisation « . L’homme est en terrain connu. S’adressant à la presse, le Gouverneur militaire révèle qu’il a été en Ituri en 2012 pour  » parler avec les éléments de la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) « , et souligne  qu’il faudra «  reconstruire la confiance de la population  » qui a longtemps souffert des affres de la guerre.

Cependant, le nouveau chef de l’Exécutif provincial demande à la population de collaborer en vue de restaurer la sécurité.  « La population peut attendre de moi cette sécurité qu’elle a manquée pendant longtemps. Il faut que nous puissions reconstruire la confiance avec cette population. Je crois que si nous sommes arrivés à ce point, quelque part, il y a eu rupture de cette confiance, je leur demande de collaborer. Je crois que la population est fatiguée et ça, il faut que les gens comprennent…« , s’est-il exprimé devant les médias.

A l’occasion, le nouveau Gouverneur de l’Ituri invite ses administrés à  » ne pas suivre les chants de sirènes  » et les « oiseaux de mauvais augure  » qui, selon lui, « sont en train de dire aux miliciens de cacher les armes, après un mois ils vont repartir et nous allons reprendre« .

Sur un ton très ferme, le nouvel homme fort de l’Ituri a prévenu tous les groupes armés tant nationaux qu’étrangers, ainsi que leurs soutiens. Tous doivent mettre un terme à leur entreprise macabre. Autrement, ils auront les forces armées nationales en travers de leurs chemins.

« Ne pensez pas que je veux partir dans un mois. Si vous n’avez pas arrêté, je serai là et je serai sans état d’âme. Pour ceux qui veulent bien coopérer, nous allons cheminer ensemble. Mais ceux qui ne veulent pas, spécialement les groupes armés étrangers, ils doivent savoir qu’ils ne sont pas chez eux et doivent vraiment quitter. Je ne suis pas venu ici pour tuer la population. Je suis venu pour leur donner la paix, rien que la paix « , a-t-il fait savoir.

APPEL A SE DESOLIDARISER DES GROUPES ARMES

A Goma, dans la province du Nord-Kivu, où il venait quelques heures plus tôt de prendre ses fonctions de Gouverneur militaire, le lieutenant-général Constant Ndima Kongba a usé du même ton de fermeté à l’endroit des groupes armés qui écument cette partie du pays.  Il appelle les jeunes de sa province à se désolidariser des groupes armés étrangers comme locaux et œuvrer pour la sécurité dans la région.

« Nous pouvons prendre conscience et nous désolidariser des groupes armés étrangers. Nous les avions accueillis comme réfugiés, mais à cause de notre hospitalité, nous payons aujourd’hui les comptes. Ils doivent déposer les armes. Aux groupes armés étrangers, vous n’êtes pas chez vous. Êtes-vous des réfugiés économiques ou réfugiés porteurs d’armes. Chaque chose a son temps… « , s’est-il exprimé devant la presse.

Le Gouverneur du Nord-Kivu appelle la population de sa province à collaborer avec les services de sécurité pour obtenir des résultats satisfaisants. « Parmi nous, il y a des brebis égarées. Mais notre armée est disciplinée. Je commence d’abord à faire un état des lieux. À chaque échelon, vous êtes commandant, nous vous donnons des armes, tu as quel effectif, tu as utilisé combien de munitions et pour tuer qui, ou pour faire quelle guerre ? On doit rendre compte « , a dit le Lieutenant-général Ndima Kongba.

Pour connaître les racines de l’insécurité qui sévit dans la région depuis de nombreuses années, le nouvel homme fort du Nord-Kivu annonce le début des consultations avec les différentes couches sociales de sa juridiction.

AXE DIPLOMATIQUE

Ces dernières semaines, des manifestations ont été organisées pour demander aux dirigeants du pays d’agir contre les groupes armés. Or, l’état de siège est bien accueilli par nombre de Congolais et son efficacité dépend, selon des observateurs,  du leadership des officiers de l’armée qui seront déployés.

Il faudrait que ces autorités militaires créent les conditions pour que la population collabore. Pas seulement au niveau des chefs-lieux, en l’occurrence Bunia et Goma, mais aussi et surtout dans le pays profond. Car le gros des actions ce n’est pas dans les chefs-lieux mais à l’intérieur des provinces.

Ce n’est pas tout. Il faudra également veiller au profil des militaires qu’on va désigner à la tête des entités décentralisées. Ceux-ci doivent rassurer. S’ils terrorisent plus qu’ils ne rassurent, l’objectif pour lequel l’état de siège a été instauré risque de ne pas être atteint. A ce niveau, pour que ces hommes de troupes rassurent, il ne faudrait pas non plus qu’ils soient tentés de se faire payer par la population. La logistique et autre ravitaillement devront donc suivre.

Cela signifie qu’en amont, l’autorité budgétaire qu’est le Parlement vote un budget spécial à affecter à l’état de siège.

Outre les groupes armés, il y a également les multinationales qui écument ces coins du pays. Et le président de la République devrait profiter de sa casquette de président en exercice de l’Union africaine pour mener des actions diplomatiques de manière à ce que les pays de provenance de ces multinationales soient sensibilisés au drame que vivent les populations de ces contrées. Ces actions diplomatiques devraient aussi prendre en compte les deux pays voisins directement concernés par ce qui se passe à l’Est de la RD Congo, en l’occurrencele Rwanda et l’Ouganda, pour qu’ils participent à la solution. Parce que les rebelles qui font parler d’eux à l’Est sont des rebelles rwandais et ougandais.

Pour nombre d’observateurs donc, c’est seulement de cette manière-là qu’on pourrait aider les gouverneurs militaires à réussir leur délicate mission.

Didier KEBONGO

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