A. Muzito: « On n’a pas un État souverain parce qu’on n’a pas de dirigeants souverains »

Les propos du président Rwandais Paul Kagame niant l’implication de son pays dans l’insécurité à l’Est de la RDC, depuis des décenies continuent d’indigner les Congolais. Dans une interview à à la radio RTV1, le week-end dernier, l’ex-Premier ministre et actuel coordonnateur de la coalition Lamuka, Adolphe Muzito, estime que le grand problème de la RDC est de ne pas avoir un dirigeant réellement légitime à la tête du pays. Il pense que si la RDC n’est pas à ce stade, un État souverain, qui se fait respecter auprès de ses voisins, c’est tout simplement par ce qu’elle ne compte pas de dirigeants réellement élus par le peuple, souverain primaire. Ci-dessous l’intégralité de cette interview.

Orly-Darel NGIAMBUKULU

Pourquoi les propos du Président Paul Kagame sur la négation des crimes commis au Congo vous dérange ?

D’abord, Kagame s’est permis de dire cela parce qu’il sait que les autorités du Congo ne vont pas réagir. Par exemple, en déclarant la rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda, ce petit pays de 12 millions d’habitants sur un espace de terre de 26.000. Ça représente un pourcent du Congo. C’est parce que les autorités sont sous ses bottes. Et le pouvoir actuel n’est là que par son soutien. Lui-même est sous-traitant des puissants. Donc, voilà pourquoi il nous nargue. C’est parce que le peuple est encore sous occupation. Je crois que ce peuple est en train de s’émanciper. Le moment venu, il demandera des comptes.

Selon vous, le Congo doit redresser son système de défense. Qu’est-ce que cela veut dire en réalité ?

Cela veut dire que l’on ne peut pas avoir un système de défense si on n’a pas un État souverain. On ne peut pas avoir un État souverain si on n’a pas un pays souverain. Quand le peuple est réellement souverain, ça suppose que c’est lui qui met en place les institutions et leurs animateurs. Ceux-là sont donc redevables vis-à-vis du peuple, vont mobiliser les ressources nécessaires pour avoir une armée équipée et prise en charge par l’Etat pour faire la guerre, pour se défendre et défendre l’intégrité du territoire. Tél n’est pas le cas aujourd’hui. Donc, on a pas un État souverain parce qu’on pas des dirigeants venant du peuple et légitimes et qui soient capables de rendre compte au peuple, notamment en chassant l’ennemi.

Chasser l’ennemi, selon vous c’est chasser qui exactement ?

C’est ceux qui font de l’occupation, qui viennent du Rwanda, de l’Ouganda et d’ailleurs. Le Congo est sous occupation, et vous, journalistes, le savez.

Pourquoi, selon vous, l’Etat congolais doit encore chercher la coopération militaire avec ces trois États?

Justement, c’est cela le paradoxe. Parce qu’ils sont là et leur sont redevables. Le Rwanda vient au Congo pour s’installer, pour dépeupler le Congo et repeupler le Congo avec les populations rwandaises. Nous, on n’est pas contre les Rwandais. Ce sont nos frères comme peuples. Mais ce sont les dirigeants malheureusement qui jouent à ce jeu d’occupation et d’exploitation de nos richesses. Nous ferions un bon partenariat et voire même une bonne confédération avec le Rwanda. Il faut rappeler que les élites rwandaises en 1960 ont demandé à Lumumba d’accepter que l’on crée une confédération. Donc, nous disons qu’il faut une intégration régionale, il faut une entente, il faut le respect des communautés locales, le respect des Congolais, de leurs droits, y compris de leurs droits fonciers et que ceux qui viennent de l’extérieur, s’ils entrent en partenariat avec le peuple congolais pour exploiter les richesses ensemble, que chacun gagne suivant son apport, là il n’y a pas de problème. Les Rwandais aujourd’hui ne sont que 12 millions sur un espace de 26.000 Km2. Ils sont plus ou moins à 500 habitants au kilomètre. Or au Congo, on est en moyenne, 40 habitants au Km2. Il y a des provinces où nous sommes à 15 habitants au Km2. Donc dans 20 et ou 30 ans, les Rwandais seront à 1.000 habitants au Km2. Donc ils auront un problème de terre. Surtout qu’il s’agit d’un peuple éleveur.

Donc, les solutions seraient que nous soyons dans de bonnes relations pour que nous puissions accepter quelques immigrations chez nous. Ça ne nous dérange pas. Mais pourvu que l’on respecte les lois du pays, que l’on respecte les communautés et leurs droits. Ce qui pose problème aujourd’hui est que l’Etat congolais n’a pas encore réglé le contentieux qui l’oppose aux communautés locales dans la titularisation des terres pour que les communautés elles-mêmes aient droit juridiquement à leurs propriétés soit comme copropriétaires, soit comme concessionnaires perpétuels. Mais que chacun sache ce qui lui appartient. Ceux qui viennent de l’extérieur, on peut les accueillir. Mais en respectant qu’ils vont respecter les droits établis juridiquement des communautés locales. Ce contentieux avec le peuple nous affaiblit aussi.

Au stade actuel, faire la guerre avec le Rwanda serait-elle la bonne chose selon vous.

Nous ne souhaitons pas faire la guerre. Mais qu’est-ce que tu fais avec un dictateur qui ne comprend que le langage de rapport de force? Je ne demande pas au pouvoir actuel de faire la guerre parce qu’il n’en a pas les moyens, ni la volonté. Mais il faut un pouvoir légitime, il faut s’organiser et avoir une bonne finance, une bonne armée pour défendre le territoire. C’est en défendant le territoire que l’on voit qui menace l’intégrité de notre territoire.

Je pense que si le Congo a des dirigeants légitimes, les autres n’oseront même pas et qu’on aura même plus besoin de faire la guerre. Au contraire, on va instaurer une aire de collocation avec les Rwandais qui sont nos frères, mais qui aujourd’hui nous font la guerre à travers leurs dirigeants politiques. Ce qui d’ailleurs déssert le peuple Rwandais qui a vraiment besoin de travailler ensemble avec le Congo. Venir ici comme toutes les autres communautés étrangères.

Selon vous, la paix dans l’Est du pays dépend donc du retrait de Paul Kagame du pouvoir ?

Oui. Mais malheureusement, il est en face des gens qui l’ont mis au pouvoir et qui lui servent de bouclier. Mais la solution véritable et durable, c’est celle d’avoir un État fort, conduit par des dirigeants élus véritablement et redevables vis-à-vis du peuple, mais aussi bénéficiant du soutien du peuple.

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