L’enjeu de 8% de postes ministériels offerts au Sud-Kivu

* La donne sécuritaire, l’équation Kamerhe et le scrutin de 2023 seraient au cœur de la part belle offerte à la province.

C’est avec un brin de soulagement que la population du Sud-Kivu a accueilli la publication du gouvernement Sama Lukonde le lundi 12 avril. Sur les 55 membres de l’exécutif, hormis le Premier ministre, 7 ministres et vice-ministre sont ressortissants de cette province. En somme, 8% de postes ministériels du nouveau gouvernement sont attribués au Sud-Kivu.

Selon la radio Maendeleo, la radio communautaire phare de la région, sur les sept personnalités nommées, on retrouve cinq ministres d’Etat, un ministre et un vice-ministre. Ils sont appelés à gérer, pour la plupart, des ministères régaliens.

Ces ministres d’Etat sont nommément Gilbert Kabanda Kurhenga (Défense nationale), Alexis Gizaro Muvuni (Infrastructures et travaux publics), Aimé Boji Sangari (Budget), François Rubota Masumbuko (Développement rural) et Eustache Muhanzi Mubembe (Entrepreneuriat, Petites et Moyennes Entreprises).

L’unique femme et ministre de cette équipe de sept, c’est Claudine Ndusi Ntebe, nommée à l’Emploi, travail et prévoyance sociale. Le seul vice-ministre retenu ici, c’est Amato Bayubasire Mirindi qui va seconder Mme Rose Mbombo à la Justice, commente la radio Maendeleo de Bukavu.

L’UNC, l’UDPS, l’AFDC, le MSR… à l’affiche

Parmi les sept membres du gouvernement originaires du Sud-Kivu, trois sont des cadres de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), le parti de Vital Kamerhe, l’ancien directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi, privé de liberté depuis une année.

Aimé Boji, Eustache Muhanzi Mubembe et Amato Bayubasire ont été promus sur recommandation de l’autorité morale de ce parti, qui est l’un de cofondateurs du Cap pour le Changement (CACH), la plateforme qui a porté Félix Tshisekedi au pouvoir.

Gilbert Kabanda Kurhenga, lui, est cadre de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti présidentiel. Nouveau patron de la défense nationale, ce général à la retraite, doublé de médecin, a longtemps été commandant du Corps de Santé des Forces Armées de la République du Congo (FARDC). Il est réputé pour sa compétence et son intégrité, assurent ceux qui le côtoient.

Présenté comme un militaire aguerri, Gilbert Kabanda Kurhenga connaît bien l’armée pour l’avoir servie pendant une quarantaine d’années. Proche du Président Félix Tshisekedi, cette tête d’affiche du gouvernement des  »warriors » a la lourde mission de rétablir la paix dans l’Est du pays, principalement au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri ainsi qu’au Kasaï.

Comme Gilbert Kabanda, Alexis Gizaro Muvuni, le ministre d’Etat en charge des Infrastructures et Travaux publics est cadre de l’UDPS. Ancien de l’Université de Louvain, il est ingénieur commercial et de gestion. Il a été successivement conseiller au ministère de l’agriculture, conseiller principal en matière des finances à la vice-présidence en charge de la sécurité sous le gouvernement 1+ 4, dirigée alors par Azarias Ruberwa.

Alexis Gizaro Muvuni a également été Administrateur Délégué Général de l’ONATRA, puis ancien conseiller principal de Moïse Nyarugabo. Parmi les défis à relever, il aura à s’occuper du désenclavement de la ville de Bukavu du reste des territoires et des provinces voisines.

Pour sa part, François Rubota est cadre du Mouvement Social pour le Renouveau (MSR), un regroupement transfuge du FCC, jadis dirigé par Pierre Lumbi d’heureuse mémoire, et actuellement membre de l’Union Sacrée.

Claudine Ndusi, quant à elle, est cadre de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC-A), le regroupement de Bahati Lukwebo, le président du Sénat, originaire également du Sud-Kivu.

Les enjeux du Sud-Kivu

Au regard de cette proportion, d’aucuns se demandent, dès lors, les raisons qui ont motivé le cabinet Sama à octroyer autant de postes ministériels au Sud-Kivu qui, avec 8% de portefeuilles, se taille une part non négligeable sur les 26 provinces du pays.

Réagissant à la publication de ce gouvernement, le Professeur Jean-Bosco Bahala, notable du Sud-Kivu, estime que cette attention particulière du régime Fatshi se comprendrait dans la mesure où cette région est en proie à « l’insécurité et aux menaces contre l’intégrité territoriale« , depuis environ trois décennies. Pas étonnant, dans ce cadre, de voir le ministère de la Défense nationale confié au Général Gilbert Kabanda Kurhenga.

« Il faut le reconnaitre, écrit-il à travers les réseaux sociaux, le Sud-Kivu a été honoré dans le nouveau Gouvernement. Mais, au-delà de cette marque de considération de la part du chef de l’État, au-delà de notre sentiment de fierté légitime, nous avons maintenant une grande responsabilité. Car, nous avons eu près de 10% de l’effectif gouvernemental. En fait, les sept ministres et vice-ministre originaires du Sud-Kivu vont gérer des ministères régaliens« .

« Si le Sud-Kivu ne saisit pas cette opportunité en créant, dès à présent, une cohésion sociale et agissante au niveau des institutions provinciales et nationales, nous n’aurons plus à nous plaindre. Taisons donc nos divergences et travaillons main dans la main à l’émergence de notre pays et de notre province« , écrit le Professeur Bahala à ses corrégionnaires.

L’équation Kamerhe

L’autre enjeu de cette représentativité, c’est l’équation Kamerhe. Très populaire au Sud-Kivu, le cofondateur de CACH et allié de Félix Tshisekedi lors du scrutin de décembre 2018 est présentement aux arrêts depuis une année. Au Kivu, son fief électoral, le procès auquel il a été soumis et sa condamnation jugée « expéditive » sont mal perçus.

« La nomination de ses trois lieutenants à des postes clefs serait une stratégie peaufinée pour baisser la tension dans cette zone volcanique. Aussi, une main tendue à l’électorat de cette province populeuse à deux ans du scrutin de 2023« , nous souffle un analyste originaire du Sud-Kivu.

Yves KALIKAT

Des leaders politiques du Kasaï et du Kasaï Central s’estiment marginalisés

Au lendemain de la publication du gouvernement Sama Lukonde, la grogne sévit dans les rangs des leaders politiques des deux provinces démembrées de l’ex Kasaï Occidental. D’après eux, ‘‘l’ancien Kasaï Occidental reste la seule aire géographique mal servie par le gouvernement de l’Union sacrée’’. Allusion faite à la province du Kasaï (Tshikapa) et à celle du Kasaï Central (Kananga), devenues autonomes depuis juin 2015.

«Nul n’ignore le score réalisé par Félix Tshisekedi dans ces deux provinces aux élections de 2018. Hélas ! Contre toute attente, ce bastion de l’UDPS n’a obtenu que deux ministères au gouvernement Sama Lukonde : ministère des Affaires sociales avec Modeste Mutinga Mutuishayi de Demba (Kasaï-Central) et le ministère de la Pêche et élevage avec Adrien Bokele Djema de Dekese (Kasaï)», se plaint un député de la région, visiblement dépité.

Fertile sur la toile, les déçus couchent à longueur de journée des commentaires enflammés pour fustiger ce qui paraît comme une injustice à l’égard des ressortissants du Kasaï et du Kasaï Central. «Nous avons servi de marchepied, nos fils, nos pères, tués lors de la guerre de Kamwina Nsapu pour l’Udps. Nos filles, nos mères, voire  nos grand-mères violées pour l’UDPS. Aujourd’hui, on nous dit merci. Une leçon à apprendre pour nous-mêmes et pour nos enfants. Nous gardons silence devant l’Eternel et il combattra pour nous», a lâché un combattant de l’UDPS  au marché central de  Kananga. 

KM

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